Quand la science explore l’histoire de Philippe Charlier

IMG_0207

Quatrième de couverture : 

Aujourd’hui, les vivants ont besoin des morts. Analyser au scalpel ou au microscope une amputation préhistorique, une momie égyptienne, une crémation grecque, une trépanation romaine, un pourrissoir médiéval ou des tatouages maoris permet d’établir les carnets de santé de sujets décédés il y a plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires… Beaucoup de ces patients sont anonymes, d’autres ont laissé une trace dans l’Histoire : Foulques Nerra, Richard Coeur de Lion, Agnès Sorel, Diane de Poitiers, Henri IV, Robespierre, etc. Grâce aux nouvelles techniques de la médecine légale et de l’anthropologie, on identifie désormais les maladies et les causes de mort de ces patients du passé : empoisonnement ou mort naturelle ? Tumeur ou malformation ? Suicide ou crime maquillé ? De la Préhistoire jusqu’au XIXe siècle, le docteur Philippe Charlier nous entraîne dans un fascinant voyage scientifique et culturel à travers la planète.

Éditeur : Tallandier – Collection Texto

Nombre de pages : 255

Prix : 9,00€

Mon Avis :

La première fois que j’ai découvert Philippe Charlier, c’était à l’occasion du documentaire passionnant diffusé sur ARTE, sur l’identification de la tête momifiée d’Henri IV, sur laquelle il avait travaillé. Puis, je l’avais entraperçu quelque fois dans l’émission (un peu racoleuse!) de Christine Bravo, Sous les jupons de l’Histoire sur Chéri 25 et surtout dans son émission très intéressante d’ARTE, Enquêtes d’ailleurs. Chacune de ses interventions se révélaient très pertinente et faisaient souvent l’objet de connaissances inédites pour moi, car je ne connaissais pas encore la discipline récente de la paléopathologie. Cette dernière peut se définir comme « l’étude des maladies et des évolutions dégénératives observées chez les populations du passé » (Merci Wikipédia!). Cette science est interdisciplinaire car elle fait autant intervenir des spécialistes en Médecine légale, qu’en Archéologie, Histoire, Philologie, ou Ethnologie.
Lors de la dernière Masse critique, il était donc évident que mon premier choix se porte vers l’ouvrage de Philippe Charlier, Quand la science explore l’histoire. Et j’en profite ainsi pour remercier Babélio et les éditions Tallandier de me l’avoir fait découvrir.

Avant d’aborder l’ouvrage même, je voulais revenir sur le titre : Quand la science explore l’histoire. J’avoue que ce choix m’a un peu dérangé à cause du fait que les auteurs démarquent la « science » de « l’histoire ». Or, je le répète : l’histoire est une science! Il est vrai, elle est différente des Mathématiques, de la Biologie ou de la Médecine mais elle reste une science humaine. Certes, utiliser le terme paléopathologie dans le titre aurait pu paraître moins glamour et surtout faire peur aux néophytes car il s’agit d’un ouvrage de vulgarisation. Mais, en conservant le titre, Quand la science explore l’histoire, ne disent-ils pas implicitement au lecteur lambda que l’histoire n’est pas une science?

Passé cet écueil, l’ouvrage de Philippe Charlier et de David Alliot s’est avéré être passionnant et a été un véritable coup de coeur pour moi. Au travers de 41 résumés d’articles, publiés dans des revues spécialisées, les auteurs balayent une très vaste période allant de la Préhistoire jusqu’à notre XIXème siècle. Il est vrai que le format d’un article en moyenne de deux-trois pages, est parfois un peu expéditif mais le contenu, en revanche, est très dense. J’ai beaucoup appris. Tout comme l’historien, le paléopathologiste se base sur des sources anthropologiques au travers de restes humains (os, dents, cheveux, corps momifiés, etc…) mais également des sources archéologiques (lieux de guérison, sépultures, etc…), artistiques (représentations d’humains atteints de maladies), littéraires, etc… Son travail consiste par exemple à émettre des hypothèses sur la cause de la mort d’un individu quand cela est possible (une sur-consommation d’or pour Diane de Poitiers) à définir son état de santé global (et ainsi savoir si la personne souffrait de maladies), voire même connaître son régime alimentaire (en analysant le tartre présent sur les dents) et savoir ainsi à quelle catégorie sociale, il appartenait. Il peut aussi déceler les supercheries : en analysant, par exemple, les soi-disantes cendres de Jeanne d’Arc, il s’est avéré qu’il s’agissait en réalité d’os noircis de momies, datant de l’Antiquité!

Enfin, j’ai beaucoup apprécié aussi le fait que lorsque les sources n’étaient pas suffisantes, le paléopathologiste ne prétendait pas posséder la vérité absolue mais se contentait d’émettre des hypothèses ou de proposer d’autres thèses que celles énoncées, précédemment. Je prendrai pour exemple les fœtus présents dans la tombe de Toutankhamon. A l’époque, Zahi Hawass, Directeur des Antiquités Égyptiennes et son équipe, avaient émis l’hypothèse que les deux fœtus étaient jumeaux et malformés. Or, Philippe Charlier, en reprenant l’étude, démontre qu’il s’agissait en réalité de faux jumeaux et que la difformité des fœtus n’étaient peut-être pas dus au patrimoine génétique de leur famille (problème d’inceste) mais à la décomposition qui aurait altéré et déformé les corps.

En conclusion, l’ouvrage de vulgarisation de Philippe Charlier et de David Alliot a apporté un œil neuf à mes connaissance, grâce à la transdisciplinarité entre Sciences dites « dures », ici la Médecine et les Sciences dites « molles » comme les Sciences humaines ou sociales. Comme Philippe Charlier le dit lui-même : « Cet ouvrage est aussi le résultat de multiples rencontres et innombrables échanges fructueux. La recherche scientifique est et se doit d’être objective ; justement, ces recherches ne sont pas le résultat d’un travail solitaire dans un laboratoire, mais celui d’une équipe pluridisciplinaire qui implique un sain et nécessaire dialogue entre les différents intervenants. Certaines des études décrites ci-après ont pu réunir jusqu’à une trentaine de chercheurs, dont quelque uns n’étaient jamais intervenus en médecine légale. » (P. 14)
En attendant, j’ai mis dans mon pense-bête plusieurs autres ouvrages de cet auteur et je compte bien en emprunter quelques uns, à la bibliothèque, prochainement.

Note 5/5♥

 

 

 

Publicités

2 réflexions sur “Quand la science explore l’histoire de Philippe Charlier

  1. Ce livre me faisait de l’oeil aussi pour la Masse Critique de Babelio mais je vais en recevoir un autre (qui a l’air bien également). Dans tous les cas je suis ravie de lire ton retour dessus et ça ne m’incite qu’un peu plus à me pencher sur cet ouvrage qui a l’air intéressant. Je mets dans ma wishlist !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s