Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau

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Quatrième de couverture :

Ce n’est pas un hasard si nous voyons rouge, rions jaune, devenons verts de peur, bleus de colère ou blancs comme un linge. Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des tabous, des préjugés auxquels nous obéissons sans le savoir, elles possèdent des sens cachés qui influencent notre environnement, nos comportements, notre langage, notre imaginaire. Les couleurs ont une histoire mouvementée qui raconte l’évolution des mentalités.
L’art, la peinture, la décoration, l’architecture, la publicité, nos produits de consommation, nos vêtements, nos voitures, tout est régi par ce code non écrit. Apprenez à penser en couleurs et vous verrez la réalité autrement !

Editeur : Points Histoire

Nombre de pages : 121

Prix : 7,30€

Mon Avis :

C’est en empruntant à la bibliothèque, le livre Bleu, histoire d’une couleur de Michel Pastoureau que je suis tombée sur cet essai de vulgarisation du même auteur. Sous forme d’entretien, l’historien, spécialiste des couleurs, répond de manière concise, simple et très instructive sur l’utilisation des couleurs à travers le temps, leur fabrication et leur origine, leur symbolisme et leur évolution au travers des époques.

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Le bleu était par exemple une couleur peu utilisée dans l’Antiquité car difficile à fabriquer (guède) ou relativement cher à se procurer (lapis-lazuli). Pour Rome, cette couleur était l’apanage des Germains qui s’enduisaient le corps de guède pour effrayer leurs ennemis. Jusqu’au Moyen Âge, il n’y a d’ailleurs pas de mots pour désigner cette couleur : on emprunte au germain le mot « blau » pour bleu et aux Arabes, le mot « Azraq » pour l’azur. À partir du XIIème siècle, la situation se renverse puisque le bleu s’associe au « divin » : il devient par exemple la couleur qui désigne la Vierge ou orne les rosaces des cathédrales. Enfin, avec la découverte de l’Indigo, dans les colonies américaines, le bleu devient une couleur récurrente, au point d’être plébiscitée en première position par les Européens. On la trouve partout aujourd’hui : chez les Républicains, dans les instances européennes, à l’ONU, l’UNESCO, etc… Le bleu se veut alors consensuel et sage.

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L’utilisation du rouge, dans la teinture ou les peintures pariétales, est très précoce et remonte au paléolithique, grâce à l’emploi de végétaux (la garance) ou de métaux (oxyde de fer). Dès l’Antiquité, il devient le symbole du pouvoir et est couramment associé à la religion (Mars) ou à la guerre (Le général victorieux se peint le visage en rouge). Le Christianisme récupère d’ailleurs ce symbolisme puisque le rouge représente aussi le sang versé par le Christ. À partir du XIII-XIVème, le Pape et les Cardinaux, autrefois habillés de blanc, revêtent désormais cette couleur.

(…) alors qu’au Moyen Âge le bleu était plutôt féminin (à cause de la Vierge) et le rouge, masculin (signe du pouvoir et de la guerre), les choses s’inversent. Désormais, le bleu devient masculin (car plus discret), le rouge part vers le féminin. (…) Le rouge restera aussi la couleur de la robe de mariée jusqu’au XIXème siècle. (P.37)

Aujourd’hui, le rouge est en concurrence directe avec le bleu, voire son opposé : c’est la couleur des socialistes, de la passion, du luxe, du danger, etc…

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Le symbolisme du blanc, en revanche, a peu évolué dans le temps et est relativement universel. Il revêt un caractère d’innocence, pacifique, pur, propre et est l’apanage des jeunes vierges ou de la vieillesse. En Afrique et en Asie, il devient la couleur du deuil.

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Dans l’Histoire, le vert était une couleur mal aimée car s’il n’est pas difficile de la fabriquer, elle reste, en revanche, très instable et vire avec la lumière et le temps. Elle était obtenue soit à partir de végétaux (aulne, bouleau, poireau ou épinard), soit par des métaux (vert-de-gris). Le vert est donc devenue rapidement le symbole de l’instabilité, de la chance, du hasard ou du destin.

« Autrefois, le symbole de l’argent, c’était le doré et l’argenté, qui, dans l’imaginaire populaire rappelaient le métal précieux des pièces de monnaie. Quand les premiers billets de dollars ont été fabriqués, entre 1792 et 1863, le vert était déjà associé aux jeux d’argent, et par extension, à la banque et à la finance. » (P. 68)

Ce n’est qu’à partir du XIXème siècle et de la période romantique que le vert est associé à la nature. Aujourd’hui, il est couramment associé aux notions d’environnement et d’écologie.

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Dans l’Antiquité, le jaune n’était pas dédaigné et était même arboré par les jeunes mariées romaines. C’est à partir du Moyen Âge qu’il devient la couleur de la trahison (dans la peinture, Judas porte des vêtements de cette couleur) ou de l’infamie (ceux condamnés au bûcher devaient porter une robe jaune ou l’étoile de cette même couleur imposée aux Juifs). En Asie, cette couleur est au contraire très positive puisqu’elle est réservée à l’empereur et au pouvoir.

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Le noir est au contraire une couleur ambivalente : elle est tantôt associée à la Mort, au deuil, tantôt à l’humilité, l’austérité, l’autorité (la robe des moines, du juge ou des anciens policiers) et l’élégance.

« La couleur a en effet pu être considérée comme transgressive. Savez-vous que dans les années 1920, la technique du cinéma en couleurs était déjà bien au point et que son développement aurait pu commencer plus tôt? Ce qui l’a retardé, ce sont des raisons économiques, mais aussi morales : à l’épique, certains esprits estimaient que les images animées étaient futiles et indécentes. Que dire, alors, si elles avaient été en couleur! » (P. 105)

En conclusion, l’essai de Michel Pastoureau vaut le détour à plus d’un titre : il livre des anecdotes intéressantes, est abordable pour tout le monde, court et précis. Pour ceux qui recherchent des connaissances plus poussées, je conseille davantage de se tourner vers ses ouvrages plus spécialisés comme Bleu, Rouge, Noir ou Vert.

Note 4/5

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16 réflexions sur “Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau

  1. Pour le vert, s’il porte malheur au théâtre c’est que la teinture de cette couleur sur les vêtements était composée de cyanure pour stabiliser les pigments. Ainsi avec la transpiration des comédiens, le cyanure pénétrait la peau et provoquait des maladie voire la mort. Ce petit livre historique a l’air vraiment intéressant en tout cas et je trouve super que tu ne traites pas que de fictions dans tes chroniques.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, en effet, Pastoureau aborde aussi le problème du cyanure pour la couleur verte. Disons qu’à la base, je suis passionnée d’histoire et que depuis quelques temps, les Littératures de l’Imaginaire ont pris le pas. Je suis en train de lire Bleu, histoire d’une couleur de Pastoureau et bientôt la route de l’or bleu de Daniel Bernard. Donc, cela changera un petit peu!

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  2. Ça me paraît passionnant, j’ai adoré cet article ! 😀
    Je m’attendais à une chronique d’un livre de fiction d’après la couverture, mais c’est un essai de vulgarisation qui paraît encore mieux que n’importe quelle histoire à laquelle on aurait pu s’attendre.
    Je le retiens !
    Camille

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    1. Oh merci à toi Camille! En effet, je ne lis pas que de la fiction, il m’arrive parfois de lorgner vers mes premiers amours que sont l’Histoire et l’Art! Comme je le disais à Marion Rusty, je suis en train de lire Bleu, histoire d’une couleur de Pastoureaux avant celui de La route de l’or bleu de Daniel Bernard. Et je pense également enchaîner avec des livres d’histoire sur la période victorienne. Donc ça changera un peu de mes lectures SFFF!

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  3. J’ai adoré ce livre ! Ce fut le premier de Pastoureau pour moi, et le début du longue liste… Je ne peux que t’inciter comme Tanuki à lire L’étoffe du diable et son bestiaire du moyen-âge ! De pures merveilles ! 😉

    Aimé par 1 personne

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