Bleu, Histoire d’une couleur de Michel Pastoureau

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Quatrième de couverture :

L’histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d’un complet renversement : pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu ; elle est même désagréable à l’oeil. Or aujourd’hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge). L’ouvrage de Michel Pastoureau raconte l’histoire de ce renversement, en insistant sur les pratiques sociales de la couleur (étoffes et vêtements, vie quotidienne, symboles) et sur sa place dans la création littéraire et artistique, depuis les sociétés antiques et médiévales jusqu’à l’époque moderne.
Il analyse également le triomphe du bleu à l’époque contemporaine, dresse un bilan de ses emplois et significations et s’interroge sur son avenir.

Editeur : Points « Histoire »

Nombre de pages : 216

Prix : 8.30€

Mon Avis :

Ma première découverte de Michel Pastoureau et de ses études historiques sur la couleur remonte à l’époque où j’étais encore étudiante. Je n’avais fait alors qu’esquisser ses ouvrages en lisant quelques extraits. Ce mois-ci, c’est à l’occasion de ma sélection pour La route de l’or bleu de Daniel Bernard, lors d’une Masse critique de Babélio, que je suis revenue sur Bleu, Histoire d’une couleur afin de faire quelques comparaisons entre les deux ouvrages.

J’avais déjà déblayé le terrain avec l’essai de vulgarisation du même auteur : Le petit livre des couleurs, très intéressant et facile d’accès dont le premier chapitre était consacré à cette même couleur.
Quant à Bleu, histoire d’une couleur, il s’agit d’une véritable étude historique. Les non-initiés auront peut-être un petit temps d’adaptation mais l’ouvrage se lit très bien, est complet, précis au niveau des connaissances et d’une grande rigueur scientifique. Certes, il existe quelques redites (j’ai vu que ce point avait été à de nombreuses reprises, souligné) : mais, rappelons qu’il s’agit avant tout d’une étude historique qui a pour vocation de délivrer des connaissances sur quelques points précis et non d’être lu de A à Z comme un roman de fiction.

Michel Pastoureau employe un plan chronologique pour aborder le sujet, ce qui est somme toute logique. Néanmoins, lorsque cela est nécessaire, il s’accorde le droit de retours en arrière pour clarifier quelques points (je citerai par exemple, l’histoire de l’indigo dans la troisième partie en repartant de son exploitation depuis l’Antiquité) et ne se cantonne pas uniquement à la couleur bleue mais fait quelques digressions vers d’autres, notamment le rouge, le blanc ou le noir.

Une couleur discrète des origines au XIIème siècle. Le bleu est une couleur peu présente dans la Préhistoire au contraire du rouge, du marron ou de l’ocre. Il en est de même dans l’Antiquité car non seulement elle est difficile à produire (utilisation de végétaux comme la guède ou le pastel) mais également à se procurer ce qui la rend chère (l’indigo ou la pierre semi-précieuse du lapis lazuli). Ainsi, les Romains restent fidèles à trois couleurs dominantes que sont le rouge, le noir et le blanc. Pour eux, le bleu est l’apanage des Germains dont ils s’enduisaient le corps afin d’effrayer leurs ennemis. Jusqu’au Moyen Âge, cette couleur restera relativement ignorée et cela transparaît dans le vocabulaire puisque les mots « bleu » vient du « blau » germanique et « l’azur » de « l’azraq » arabe.

Une couleur nouvelle (XIème-XIVème siècle). À partir du Moyen Âge, le bleu prend son essor grâce à l’Eglise qui en fait le symbole de la lumière divine et surtout celui de la Vierge. Le style gothique lui fera d’ailleurs la part belle dans l’architecture, grâce aux vitraux et l’emploi du fameux « Bleu de Saint Denis » ou le « bleu de Chartres ». Parallèlement à la religion, les Rois de France de la fin du XIIème siècle, notamment Philippe Auguste, se réclamant de la Vierge, Protectrice de leur Royaume, décident d’adopter un écu à fond bleu parsemé de fleurs de lys. À partir de ce moment, les cultures de guède et de pastel vont exploser partout en Europe, faisant la richesse de certaines régions (Picardie, Normandie, Languedoc pour la France, comtés de Glastonbury et Lincoln en Angleterre, Sud de l’Espagne, la Thuringe en Allemagne). Le bleu devient alors la couleur concurrente du rouge.

Une couleur morale (XVème-XVIIème siècle). Avec le développement de nouveaux courants réformateurs et rigoristes religieux en Europe, notamment le Protestantisme, le bleu avec le noir prennent une nouvelle dimension symbolique. Ils deviennent les couleurs de l’autorité, de la modestie, de la simplicité et de l’ordre moral. Tandis que le rouge, pour les Réformateurs, devient la couleur du péché, de la luxure et de la Papauté.

La couleur préférée (XVIIIème-XXème siècle). Le bleu s’impose complètement pendant cette période jusqu’à devenir la couleur préférée des Européens. En teinture, le développement de l’indigo dans les nouvelles terres d’Amérique et son exportation en Europe, supplante désormais la guède et le pastel grâce à son faible coût d’acquisition et à ses vertus colorantes (l’indigo tient mieux à la teinture et sa couleur est plus vive). Les ports de Nantes, Bordeaux et Marseille prospèrent tandis que Toulouse péréclite. Et en peinture, c’est désormais le bleu de Prusse qui triomphe du lapis lazuli et de l’azurite, bien moins cher à fabriquer. Cette couleur devient aussi le symbole de la Révolution américaine puis française. Aujourd’hui, le bleu se retrouve dans les grandes institutions européennes, à l’ONU (les fameux casques bleus), l’UNESCO, car il se veut la couleur du consensus et de la neutralité. Et que dire de l’explosion du « blue jeans » depuis sa commercialisation en masse dans les années 20, aux Etats-Unis, qui fait que le bleu est la couleur désormais la plus portée, en Occident?

En conclusion, l’ouvrage de Michel Pastoureau sur la couleur bleue est passionnant et instructif à plus d’un titre. Relativement abordable, il pourra être autant utilisé par le néophyte pour enrichir sa culture que l’étudiant ou le spécialiste pour compléter ses connaissances historiques.

Note 5/5

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3 réflexions sur “Bleu, Histoire d’une couleur de Michel Pastoureau

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