Confident royal de Shrabani Basu

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Quatrième de couverture :

 » Je l’apprécie tellement. Il est si bon, doux et compréhensif… il m’apporte un réel réconfort.  » C’est en ces termes que la reine Victoria parla d’Abdul Karim, un Indien de confession musulmane qui fut son confident et son professeur d’urdu durant les dernières années de son règne. En moins d’un an, ce greffier adjoint de la prison d’Agra, âgé de vingt-quatre ans et fraîchement débarqué en Angleterre pour être serviteur lors du jubilé d’or de la reine, devint l’un des hommes les plus puissants de la Cour britannique.

Editeur : Presses de la Cité

Nombre de pages : 328 pour le format papier et 269 pour l’ebook

Prix : 20,00€ en format papier et 13,99€ en ebook

Parution : 21 septembre 2017

Mon Avis : 

J’avais vu Confident Royal au cinéma, au mois d’octobre et j’avais beaucoup apprécié l’adaptation cinématographique de Stephen Frears. Alors quand NetGalley a proposé le roman original en Service Presse, je n’ai pas hésité à le sélectionner. Je remercie d’ailleurs NetGalley ainsi que les Editions Presses de la Cité pour leur confiance. Si le roman s’est avéré être un peu différent du film, ma lecture a été fort agréable et instructive.

A vingt-trois ans, Abdul Karim mène une vie paisible à Agra, en Inde. Il travaille comme greffier à la prison, un poste obtenu grâce à l’appui de son père aide-soignant, Hajji Wazziruddin. Mais, un jour, Abdul se fait convoquer par le Directeur de la prison, un Anglais du nom de John Tyler. Ce dernier lui fait part d’une grande nouvelle : la Reine Victoria a beaucoup apprécié les tapis tissés par les prisonniers et sélectionnés par Abdul. Il va donc partir pour Londres afin d’offrir lors de son jubilé d’or un nouveau cadeau provenant des Indes. Avec un autre Indien Mohammed Buksh, il servira la Reine lors de ses repas. Sitôt arrivé en Angleterre, Abdul Karim se fait rapidement repérer par la Souveraine : de simple serviteur, il deviendra son secrétaire particulier puis son Munshi, c’est à dire son professeur. La Cour voit alors d’un mauvais œil l’ascension fulgurante du jeune Indien…

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Abdul Karim (à gauche) et Mohammed Buksh (à droite)

Si le roman Confident Royal, de l’aveu de son auteur Shrabani Basu, possède quelques approximations (des évènements ont été modifiés pour des choix scénaristiques, par exemple), il n’en reste pas moins rigoureux. Écrit dans un style documentaire ou journalistique, il s’appuye sur des sources solides. Pourtant,  la tâche n’a pas du être facile pour Shrabani Basu car nombres de correspondances entre la Reine et son Munshi ont été détruites juste après sa mort, en 1901. L’ordre émanait directement de son fils Édouard VII qui voulait effacer toute trace de cette amitié. L’auteur a donc dû combler les vides et réaliser un travail de fourmi pour rassembler ses sources :
– il s’est intéressé aux archives royales du Palais de Windsor ou d’Osborne House, en Angleterre pour retrouver la Correspondance de la Reine Victoria et les photographies de la Souveraine avec son Munshi.
– Il a eu accès au journal intime de Sir James Reid, médecin officiel de la Reine.
– Il s’est rendu en Inde, à Agra pour retrouver la tombe d’Abdul Karim et visiter les vestiges de sa résidence Karim Logde, transformée en maison de retraite, aujourd’hui. Il s’est également parti au Pakistan après avoir rencontré les descendants du neveu du Munshi et a pu lire son journal intime, conservé aux archives de Karachi.
– Enfin, il a fait de nombreuses références à la presse anglaise et française sur la façon dont était perçu le protégé de la Reine.
Le roman possède également d’autres documents utiles à la compréhension du contexte : une carte d’Inde et d’Angleterre, un arbre généalogique de la famille royale ainsi qu’un dramatis personae permet de resituer les personnages, les évènements et lieux géographiques et enfin, des photographies de l’époque provenant des archives royales.

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Pour en revenir au contenu de Confident Royale, comme je l’ai dit, l’auteur s’est basé sur des sources solides pour construire son récit. Et pourtant, le personnage d’Abdul Karim reste toujours aussi énigmatique. Décrié par la Cour et par les autres Serviteurs Indiens mais adulé des Journaux de l’époque et du Peuple, il est difficile de se faire une opinion sur ce personnage : était-il une victime du racisme et du snobisme de la part de la Cour ou de la jalousie de ses pairs Indiens? Ou était-il un entremetteur doué qui courtisait la Reine juste pour s’auto-promouvoir? Difficile de répondre à cette question car chaque source possède ses limites :
– Abdul Karim se présente sous un jour faste dans son journal car il avait dans l’idée de publier ses mémoires, un jour.
– Les journaux anglais étaient contrôlés par la Monarchie. Quant aux journaux français, ils ont subi une certaine influence : par exemple, lorsqu’ils ont présenté le Munshi comme un simple serviteur, ils ont été rappelés à l’ordre.
– Les autres serviteurs Indiens se sont souvent plaints du Favori de la Reine : étaient-ils réellement malmenés par le jeune homme ambitieux ou étaient-ils seulement jaloux de lui?
– Quant à la Cour, il est vrai que le racisme et le snobisme étaient de mise à l’époque. Mais, mettez-vous cinq minutes à leur place. Vous êtes au service de la Reine depuis de nombreuses années et vous la servez avec ferveur et compétence. Puis arrive de nulle part un jeune homme sans qualification qui obtient toutes les charges et honneurs en un rien de temps, ne seriez-vous pas agacé à votre tour?

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Le Munshi peint par Rudolf Swoboda, en 1888

Le film au contraire, est beaucoup plus clair à ce sujet et possède son parti pris : Abdul Karim est victime de racisme et la Reine Victoria apparaît comme un personnage tolérant, moderne et progressiste. Le film possède donc une finalité en lien avec notre actualité : Stephen Frears a souhaité dénoncer la montée du racisme en Europe vis à vis des Musulmans, surtout après les Attentats perpétrés en Occident, depuis le début des années 2000.

En conclusion, Confident Royal, bien qu’il possède quelques inexactitudes, est un roman fouillé, bien documenté et intéressant dans le sens où il cite directement dans son texte les sources de l’époque. Le style quasi journalistique peut surprendre au départ mais au final, il est plutôt bien amené. Après avoir lu le roman, je vous conseille également l’adaptation cinématographique qui possède beaucoup plus d’humour mais une analyse plus orientée.

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14 réflexions sur “Confident royal de Shrabani Basu

  1. Je n’ai pas eu l’occasion de voir le film, film et livre sont arrivés à une période un peu chargé et je le regrette un peu car j’aime beaucoup le sujet. Si tu dis que ça en vaut la peine, je tenterai de me rattraper dès que je le pourrais ^-^

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