Le vol du gerfaut de Jean Contrucci

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Quatrième de couverture :

Jean-Gabriel Lesparres, grand auteur français reconnu par tous, est en panne d’inspiration. Bien décidé à ne pas publier un texte qui ne soit pas à la hauteur des précédents, il décide de se faire voler son manuscrit…
Jean-Gabriel Lesparres est l’un des plus grands auteurs de son temps. Prix Goncourt, directeur littéraire, membre des plus grands jurys parisiens, il n’a plus rien à prouver à personne… Si ce n’est peut-être à lui-même. Depuis dix ans, il peine à achever son dernier roman, que lui réclame à cor et à cris son éditeur et vieil ami. L’écrivain sait que son texte n’est pas à la hauteur des précédents et refuse de céder à la machine éditoriale. Une idée lui vient alors, qui va modifier le cours de son existence : se faire voler son manuscrit et enterrer définitivement ce projet. Tout se passe à peu près comme prévu, jusqu’au jour où il découvre que son texte va être publié sous le nom d’une jeune auteure inconnue… et par son propre éditeur.

Editeur : HC éditions

Nombre de pages : 240

Prix : 19,00€

Date de parution : 11 Janvier 2018

Mon Avis : 

J’ai reçu ce roman en service presse : je remercie ainsi HC Editions de m’avoir permis de le lire en avant-première. Quand on me l’a proposé au mois de décembre, je partais en terrain inconnu et je me suis dite que cela me changerait un peu de mes lectures habituelles.

Jean-Gabriel Lesparres est un écrivain français connu et reconnu, détenteur d’un Prix Goncourt, mais dont la carrière semble désormais derrière lui. En effet, cela fait sept ans que son ami et éditeur, Patrick Fontange lui réclame un nouveau roman. Ce dernier s’intitule Comme un vol de gerfauts et doit paraître en janvier prochain. Mais, Jean-Gabriel doutant de la qualité de son oeuvre craint de publier le « livre de trop » et fomente la disparition de son propre manuscrit auquel n’existe évidemment aucune copie. Si son « voleur » fait mouche, les choses ne vont pas se dérouler exactement comme l’écrivain l’avait prévu…

Indubitablement, ce roman est drôle. Pourtant, le narrateur Jean-Gabriel Lesparres n’est à la base pas très sympathique : pouvant être qualifié de « vieux con », il s’avère être très conscient de sa valeur, égocentrique voire parfois un peu « réac ». Toutefois, par un habile style d’écriture suffisamment équilibré, Jean Contrucci arrive à le rendre touchant, lui insufflant au passage une bonne dose d’humour teintée de cynisme et d’ironie. Si Jean-Gabriel Lesparres n’hésite pas à esquisser un portrait au vitriol de l’Edition française ou de la bonne société bobo parisienne, il ne s’accorde pas pour autant la part belle. Son auto-portrait juste et dénué de mauvaise foi peut aussi se révéler tout aussi truculent. Ainsi, je ne résiste pas à partager quelques exemples concrets :

Patrick Fontange, éditeur :
Mieux vaut le livre d’un médiocre qui se vend qu’un auteur de génie qui devient improductif.  (p. 26)

Jean-Gabriel Lesparres :
J’ironisais, mais en vérité, à cet instant, j’étais comme poignardé sur ma chaise. Si le jeune homme n’avait « plus rien lu de moi », comme il disait, c’est que je n’avais plus rien publié depuis des années! Je compte pour rien les rééditions de mes romans en gros volumes de plus de mille pages, regroupant quatre titres  sous la même couverture comme s’il s’agissait de cycles romanesques alors que c’est seulement une façon d’« occuper le terrain », de se rappeler au bon souvenir de la presse et des anciens lecteurs. De tenter de s’en faire de nouveaux grâce à des tarifs alléchants, puisqu’on dépense pour quatre romans à peine plus que pour une nouveauté brochée. Qu’avais-je fait durant tout ce temps improductif, sinon vivre des rentes de mon talent passé? J’étais devenu une vache sacrée, un écrivain à perpétuité qui n’était même plus tenu d’écrire pour mériter ce beau nom. (p. 54)

Jean-Gabriel Lesparres :
Ils étaient huit prévus sans compter les Fontange : quatre couples d’ « amis ». On désigne ainsi les relations mondaines dont on encombre sa vie l’année durant et dont on ne saurait se passer pendant les vacances d’autant que, comme vous-même, ils migrent à la belle-saison, dans un rayon de cinquante kilomètres autour de chez vous, vers les terres ensoleillées dont ils s’emparent, chassant les derniers paysans. Ils n’y habiteraient pas le reste de l’année pour tout l’or du monde. « La province est d’un ennui mortel. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien faire à la morte saison quand nous ne sommes pas là? » (p. 58)

Néanmoins, j’aurais deux (petits) reproches à faire à ce roman : l’intérêt de l’intrigue me semble un peu trop secondaire. Le vol du manuscrit est en soi juste un prétexte pour raconter une histoire mais l’auteur semble beaucoup s’amuser, en attestent les traits d’humour dans l’écriture ou les situations rocambolesques (comme «l’audition» de Manuel Botero par Minghella).
En revanche, l’emploi un peu abusif des prolepses (fait de raconter d’avance un évènement qui va avoir lieu plus loin dans la narration) m’a lassé : un ou deux, c’est sympa mais quand elles se multiplient, cela rend le récit lancinant. Dommage…

En conclusion, Le vol du Gerfaut est un roman certes léger par l’intérêt de son intrigue mais très drôle et touchant par sa forme. Il aura été une lecture très divertissante et à ce titre, je le conseille.

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2 réflexions sur “Le vol du gerfaut de Jean Contrucci

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