La fortune est un fleuve de Roger D. Masters

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Quatrième de couverture : 

Au tout début du seizième siècle, deux Florentins extraordinaires se retrouvent à Imola. Léonard de Vinci revient de Venise, où ses talents d’ingénieur ont servi à fortifier la ville contre les Français. Il est maintenant à la cour de César Borgia, le fils du pape Alexandre VI, qui l’emploie comme cartographe, architecte et ingénieur militaire. Peut-être est-il aussi espion pour Florence. Nicolas Machiavel, haut fonctionnaire talentueux, est ambassadeur de Florence auprès de Borgia.

Machiavel prend connaissance des travaux de Léonard de Vinci sur le flux des eaux. De retour à Florence, ils coopèrent à un plan extraordinaire : en guerre contre Pise, Florence veut détourner le fleuve Arno afin de couper la ville rebelle de la mer et devenir un port maritime. Les travaux commencent mais le projet se heurte bientôt au manque d’argent, aux tempêtes et à l’incompétence du maître d’œuvre…

Editeur : Omblage

Nombre de pages : 253

Prix : 20,00€

Date de publication : 20 Mars 2018

Mon Avis : 

Etant passionnée par la Renaissance Italienne depuis longtemps, je ne pouvais certainement pas passer à côté de cet ouvrage lors de la dernière Masse Critique de Babélio. Je remercie donc ces derniers ainsi que les éditions Omblage pour me l’avoir envoyé. Bien que les sources manquent, je savais que Léonard de Vinci et Machiavel se connaissaient grâce à un autre ouvrage découvert lors du Printemps du livre 2015 de Grenoble, Leonard et Machiavel de Patrick Boucheron. En effet, comment deux génies de cette envergure n’auraient-ils pas pu se croiser dans l’Italie du XVème-XVIème siècle alors qu’ils ont fréquenté les mêmes villes à certaines dates?

Deux Hommes très différents 

  • Léonard de Vinci plus âgé et né en 1452, est le fils illégitime d’un notaire de Vinci. Il s’illustre au début par son génie artistique. Apprenti du peintre Andrea del Verrochio, ce dernier aurait cessé son activité après avoir découvert le talent de Léonard, selon Vasari, le biographe des peintres de la Renaissance. Au début de sa vie, Léonard de Vinci est surtout célèbre pour sa peinture dont il recevra plusieurs commandes prestigieuses comme la Cène éxécutée de 1495 à 1498 à Milan pour le couvent Santa Maria d’elle Grazie ou la Bataille d’Anghiari pour la ville de Florence de 1504 à 1506. Malheureusement, Léonard de Vinci se révèle méticuleux, trop aux yeux de ses contemporains et la plupart de ses commandes resteront inachevées. Mais, le jeune homme est curieux et s’adonne à d’autres domaines scientifiques que sont l’ingénierie, l’anatomie, la cartographie, etc… N’ayant reçu aucune formation universitaire (il sera d’ailleurs moqué par ses pairs car il ne connaissait pas le latin), il fonde ses connaissances sur l’observation et l’expérimentation, une méthode de travail révolutionnaire et en avance sur son temps. Ses travaux seront consignés dans ses fameux Carnets. Peu à peu, Léonard de Vinci acquiert une nouvelle renommée et il se met au service des Puissants (Ludovico Sforza, Cesare Borgia, le gouvernement de Florence dont Machiavel fait partie, François Ier, etc…) pour son expertise dans des domaines techniques comme l’art de la guerre ou détourner un fleuve de son cours…
  • Nicolas Machiavel quant à lui est né en 1469 et issu d’une famille de propriétaires terriens et de juristes de Florence. Il a reçu une formation humaniste et classique nourrie d’auteurs latins. Son talent de négociateur se révèle lorsqu’à vingt-cinq ans, il négocie la dot de sa soeur, en 1494. A vingt-neuf ans, il débute une carrière politique au sein du gouvernement florentin et est élu deuxième chancelier et secrétaire. Dans le cadre de ses fonctions de 1498 à 1512, il a ainsi pu s’illustrer dans la diplomatie, envoyé pour défendre les intérêts de Florence menacée à cette époque par la ville de Pise, les ambitions du Pape Alexandre VI et de son fils Cesare Borgia ou l’invasion du Royaume de France. Puis, à partir de 1513, il connaît un revers de fortune après l’instauration d’une régime monarchique à Florence par les Médicis. Accusé de trahison, il sera démis de ses fonctions et profitera de cette traversée du désert pour écrire les œuvres qui le feront connaître : L’art de la guerre paru en 1521 et surtout son essai politique et philosophique Le Prince, édité après sa mort en 1532.

L’échec du détournement de l’Arno

Malheureusement, aucune source directe ne l’atteste mais il semblerait que les deux hommes aient été présents à la Cour de Cesare Borgia en même temps à Imola, en 1502 : Léonard de Vinci a alors accepté un poste d’architecte et d’ingénieur général proposé par le fils du pape tandis que Machiavel est venu pour défendre les intérêts de Florence, inquiète par les ambitions territoriales dévorantes de la Papauté. L’année suivante, la ville de Florence engluée dans le conflit avec Pise aurait eu alors l’idée de détourner le cours du fleuve Arno qui reliait les deux villes. A cela, deux objectifs : faire de Florence un port de mer et priver Pise de ses ressources en eau. Ce serait Machiavel qui aurait confié les plans de ce détournement à Léonard de Vinci. Malheureusement, le chantier dirigé par le maître d’oeuvre incompétent Colombino, se solde par un échec. Tout d’abord, ce dernier n’aurait pas suivi les plans de Léonard de Vinci : au lieu de creuser un seul canal profond, Colombino en aurait fait deux. Et il aurait sous-estimé le nombre d’ouvriers à employer ce qui fait prendre beaucoup de retard au chantier. Enfin, une tempête en 1504 sonne le glas du projet en fragilisant les parois des digues. Les Pisans en profitent alors pour détruire le barrage et combler les deux canaux.

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Études cartographiques des canaux dérivés de l’Arno autour de Pise, vers 1503. Cette carte est issue de L’oeuvre Graphique de Léonard de Vinci éditée par Taschen, en 2003.

Des sources difficiles à trouver

L’unique source directe qui relie Machiavel à Léonard de Vinci pendant cette période (1503-1506), à Florence, est la négociation de son contrat pour la fresque de la Bataille d’Anghiari. Mais du projet du détournement de l’Arno, il n’existe que des sources indirectes. On sait seulement que Léonard de Vinci a fait les plans car on les a retrouvé dans ses Carnets et on sait que Machiavel a suivi le chantier grâce à sa correspondance car il s’inquiétait que les travaux n’avançaient pas assez vite. Rogers D. Masters justifie cette absence ainsi :

A l’époque, ces échecs eurent des implications très sérieuses pour Léonard de Vinci et Nicolas Machiavel, remettant en question leurs réputations, leurs positions et leur revenus. Cela explique sans doute pourquoi aucun d’eux n’écrivit sur les travaux en communs. Qui aime attirer l’attention sur un désastre attribuable à une erreur de jugement ou à l’incompétence? (P. 13)

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Carte géographique avec le projet du Canal de l’arno, vers 1503-1504. Cette carte était peu visible dans l’ouvrage de Roger D. Masters, je l’ai donc prise dans L’oeuvre Graphique de Léonard de Vinci éditée par Taschen, en 2003.

L’ouvrage de Roger D. Masters 

La Fortune est un fleuve dont le titre est directement tiré du Prince de Machiavel est un ouvrage absolument passionnant. Il est très bien documenté, l’auteur citant ses sources et faisant part de ses hypothèses sans les imposer à son lecteur. Les cartes, plans, dessins et peintures de Léonard de Vinci sont les bienvenues pour cerner son parcours et comprendre le contexte du projet du détournement de l’Arno. La Correspondance de Nicolas Machiavel pendant qu’il était Deuxième chancelier de Florence ou les citations de ses œuvres publiées sont également émouvantes. Rogers D. Masters a parfaitement bien su saisir l’essence même des deux hommes. Toutefois, j’aurais deux critiques à formuler. Le manque d’objectivité de l’auteur sur des personnages historiques comme Cesare Borgia est prégnant dans son propos. Il le dépeint comme un homme cruel : est-il utile de rappeler qu’un Historien se doit d’être objectif? Le second point négatif est la présence malvenue d’un américanisme complètement hors de propos. La citation suivante parle d’elle-même :

L’échec du projet de l’Arno fut une catastrophe pour Léonard de Vinci et Machiavel (…). Pour comprendre les implications, il suffit d’imaginer que les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki n’aient pas explosé, menant à une invasion longue et onéreuse du Japon par les troupes américaines et l’abandon de la technologie nucléaire. (P. 149)

Sérieusement? Rappelons tout de même que le largage des bombes à Hiroshima et Nagasaki a eu pour conséquence entre 110000 à 140000 morts directs et 250000 morts au total si l’on compte les personnes décédées des conséquences de ce conflit.

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