Le trône maudit de José Luis Corral et d’Antonio Pinero

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Quatrième de couverture :

An 4 avant Jésus-Christ. Le cruel tyran Hérode le Grand meurt et laisse le trône d’Israël vacant. Deux de ses fils se disputent alors la succession de celui qui était considéré comme le roi de tous les Juifs. Débute ainsi une période mouvementée où passion, violence et trahison se déchaînent ; chacun voulant obtenir la faveur de l’empereur Auguste qui surveille avec une extrême vigilance cette partie particulièrement sensible de son Empire.
Dans ce contexte fragile apparaît un jeune prédicateur, Jésus de Nazareth, qui par ses sermons sur le royaume de Dieu et sa capacité de persuasion commence à remettre en cause la tutelle romaine et l’hégémonie des prêtres juifs de Jérusalem. Dès lors, nombreux sont ceux qui veulent se débarrasser de ce rebelle, qui va entraîner un bouleversement fondamental dans l’histoire du monde.

Editeur : Hervé Chopin Editions

Nombre de pages : 574

Prix : 22,00€

Date de publication : 17 Janvier 2019

Mon Avis :

Lorsqu’Agnès Chalnot (que je remercie au passage ainsi que les Editions HC) m’avait proposé ce livre en service presse au mois de février, je l’avais refusé car je ne suis pas trop branchée Religion. Si à un moment de ma vie, j’ai été très croyante, je suis complètement athée aujourd’hui. En revanche, j’ai une grande connaissance des textes bibliques car je les avais lus plusieurs fois et cette lecture s’était même avérée  fondamentale dans le cadre de mes études d’Histoire, notamment pour la période médiévale. Bref, il se trouve que par un concours de circonstances, j’ai tout de même reçu le dit-roman et au final, j’ai plutôt apprécié ma lecture.

Lorsque le Roi de Palestine, Hérode le Grand meurt en -4 avant J.-C., sa succession au trône s’avère être délicate. En effet, bien qu’il ait désigné son fils Archélaos dans son testament comme nouveau Roi, ses autres héritiers potentiels Antipas et Philippe veulent aussi leur part du gâteau. Autre difficulté : la Palestine est soumise à l’autorité romaine et la désignation du nouveau monarque doit être approuvée par l’empereur Auguste. Archélaos doit donc partir à Rome pour que sa légitimité soit reconnue. Malheureusement pour lui, Antipas et sa tante Salomé, la veuve d’Hérode, intriguent et Auguste prend une décision inattendue : il divise le Royaume de Palestine en attribuant la Galilée et la Pérée à Antipas, la Judée et la Samarie à Archélaos et les territoires de l’est (Batanée, Gaulanitide, Trachonitide et Auranitide) à Philippe.

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Carte de la Palestine, à l’époque d’Auguste tirée du Trône maudit (p. 509)

Archélaos n’est donc pas Roi mais Auguste lui donne de l’espoir : s’il administre correctement son territoire, il pourrait changer d’avis. Les années se succèdent et… Archélaos échoue dans sa mission! Son peuple le déteste tellement qu’il préfèrerait même le voir destituer et la Judée intégrée à l’Empire pour devenir une nouvelle province romaine! Auguste exauce donc les souhaits du peuple Juif : il exile Archélaos en Gaule et fait administrer son territoire directement par le légat romain de Syrie. Antipas qui de son côté a parfaitement bien rempli son office et maintenu la paix en Galilée voit là l’occasion de devenir le nouveau Roi de Palestine…

Une lecture très dense

Le moins que l’on puisse dire c’est que la lecture du Trône maudit aura été très dense en raison du nombre de pages (plus de 570 en grand format) et au vue des nombreuses informations contenues dans le texte. J’ai mis plus de deux semaines à le finir, ce qui est très rare. Si j’ai vraiment adoré la première partie avec la succession au Royaume de Palestine, sous Auguste et son successeur Tibère, j’ai eu beaucoup plus de mal avec la seconde qui se déroule aux alentours de 25 après J.-C. avec l’apparition des prophètes Jean le Baptiste et Jésus de Nazareth. Cette partie comprenait quelques longueurs et les deux cent dernières pages ont été un peu difficiles, j’ai eu hâte de finir!

Une lecture bien documentée

En ce qui concerne le contexte historique, autant j’ai beaucoup de connaissances sur la partie occidentale de la Méditerranée, autant je ne connaissais pas grand chose sur la Palestine au moment de ma lecture (excepté en ce qui concerne la vie du Christ mais ce n’est pas une source historique donc il convient d’être prudent). Néanmoins, je savais que le contexte était tendu entre les deux peuples romain et juif : les Romains considéraient les Juifs comme des agitateurs turbulents qu’il convenait de pacifier même par la force ; les Juifs pensaient que les Romains étaient des impies les empêchant de vivre leur religion comme ils l’entendaient et leur reprochaient de s’immiscer dans leurs affaires. De plus, le fait qu’Auguste demande d’avoir un regard sur la succession du trône de Palestine m’était également connu car il avait exigé la même chose des royautés de l’Afrique du Nord. Enfin, quand une province n’était pas encore considérée comme pacifiée, il était de bon ton qu’elle soit gérée par un militaire, le légat de Syrie dans le cas de la Judée. Lorsque la province était pacifiée, elle passait sous l’administration d’un sénateur.

J’ai donc retrouvé toutes ces informations dans le contexte historique du Trône maudit. Les auteurs semblent de plus avoir fait un très gros travail de recherche : à la fin du roman, ils disent avoir relu Le nouveau Testament et s’être basés sur les sources antiques (par exemple, Les Antiquités Judaïques ou La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe ou La vie des Douze Césars de Suétone et Les Annales de Tacite pour ne citer que les plus importants. Toutefois, il convient d’être prudent car ces sources sont postérieures aux faits du roman). De plus, ils font référence à une bibliographie contemporaine mais ils ne la font pas apparaître. J’ai trouvé cela vraiment dommage car j’aurais voulu savoir sur quels ouvrages scientifiques ils s’étaient basés pour construire leur contexte historique. Pour finir, deux cartes géographiques (La Méditerranée et La Palestine au Ier siècle après J.-C.), un plan de Jérusalem au Ier siècle après J.-C. et une chronologie complètent l’ensemble et se veulent d’un grand secours pour le lecteur.

Les Croyants et les Athées trouvent leur compte

Enfin, les auteurs ont opté pour une stratégie plutôt futée afin de ne froisser ni les croyants de la religion chrétienne, ni les Athées. Ils ont d’autant plus de mérite que le sujet peut être « casse-gueule » voire prêter à polémique.

Dans la deuxième partie du roman, les auteurs s’arrêtent longuement sur Jean le Baptiste et Jésus de Nazareth. Ces deux derniers sont d’ailleurs considérés comme des agitateurs véhéments et des chefs de file d’une secte par Antipas et le chef de sa police, Hippodame. Les non-croyants vont donc plutôt être du côté de ces deux personnages considérant que les miracles de Jésus de Nazareth sont des tours de passe-passe visant à émouvoir les foules ou qu’il ne serait pas né d’une Vierge ni le Fils de Dieu : ces éléments auraient donc été inventés de toutes pièces par ses Apôtres, dans leurs Evangiles. En revanche, les Croyants se reconnaîtront davantage dans le personnage de Ruth, l’épouse d’Hippodame qui au contraire décide de suivre les enseignements de Jésus de Nazareth.

En conclusion, j’ai conscience d’avoir été un peu bavarde cette fois-ci mais ce roman était tellement dense que je ne pouvait pas vraiment faire autrement. Si j’ai vraiment adoré la première partie, en revanche, j’ai eu beaucoup plus de mal avec la seconde, toutes les questions tournant autour du Christ ne m’intéressant guère comme je le craignais. Mais, il faut reconnaître que les deux auteurs ont fait un travail de recherche non négligeable et que le contexte historique était plutôt bien explicité. Reste évidemment à prendre beaucoup de pincettes en ce qui concerne la partie sur le Christ.

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2 réflexions sur “Le trône maudit de José Luis Corral et d’Antonio Pinero

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