L’empire romain, le vrai… Et celui, uchronique, des écrivains

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De gauche à droite : Jérôme Vincent, Nicolas Texier, Estelle Faye, Johan Héliot et Rachel Tanner

Coucou tout le monde,

j’espère que vous passez un bon weekend. Comme promis, je vous livre le compte-rendu d’une seconde conférence sur le lien entre Histoire et Fantasy à laquelle j’ai eu la chance de participer aux Imaginales 2019. Cette fois, une de mes périodes préférées était à l’honneur : l’Histoire Romaine.

Samedi 25 Mai 2019, de 17h à 18h – Magic Mirrors Salon perdu

Auteurs invités : Estelle Faye, Johan Héliot, Rachel Tanner et Nicolas Texier

Modérateur : Jérôme Vincent, directeur d’ActuSF.

Allez, c’est parti!

Jérôme Vincent : Dans vos romans, vous avez développé votre propre vision de l’Empire Romain. Pourquoi cette période vous fascine-t’elle tant?

Rachel Tanner : Je suis originaire du Sud-Est où les vestiges romains sont encore bien visibles aujourd’hui notamment à Nîmes ou en Arles. La société de l’Empire Romain était brillante mais elle s’est effondrée avec des résultats très perceptibles et très rapides comme la chute brutale de sa population divisée par trois ou la disparition de l’écriture. Cela ouvre des réflexions sur la fin des civilisations notamment avec la « falaise de Sénèque » tirée de l’une de ses citations [« La richesse est lente et le chemin de la ruine rapide », Sénèque Lettres à Lucilius, N°91 et qui signifie que la chute d’une civilisation est plus rapide que son essor]. On pourrait ainsi prendre l’exemple de la population de l’Ile de Pâques dont la disparition a été provoquée par une raréfaction des ressources. Nous nous rendons compte aujourd’hui que nous vivons dans une société mortelle et cela nous interpelle.

Johan Héliot : Mon intérêt pour cette période vient du cinéma notamment les péplums (La chute de l’Empire romain ou Quo Vadis) qui m’ont fasciné lorsque j’étais enfant. Durant mes études d’Histoire, je me suis d’ailleurs spécialisé en Antiquité Romaine. J’ai repris cette période dans mes deux romans Reconquérants et La légion écarlate.

Estelle Faye : J’ai toujours adoré l’Histoire et les mythologies grecque, romaine et étrusque. Ma trilogie de La voie des oracles se déroule à la fin de l’Empire Romain, au Vème siècle, période durant laquelle la civilisation change et des dynamiques très fortes apparaissent. Elle met en scène un monde mélancolique qui se meurt et dont les dieux anciens se cachent dans les forêts.

Nicolas Texier : Mon roman Opération Sabines met en scène un Empire Romain uchronique qui aurait perduré jusqu’à la période de la République de Weimar, dans les années 30. J’ai toujours admiré le pragmatisme des Romains avec leur religion et leur mythologie foisonnante. Ils ont construit tout un réseau de routes, aqueducs et des structures administrative et juridique qui ont longtemps perduré. Je suis parti de là pour écrire mon roman.

Jérôme Vincent : Estelle, en quoi ton Empire Romain diffère-t’il du réel?

Estelle Faye : Le contexte de mon roman s’inscrit dans l’Empire Romain tardif et à dominante chrétienne. Mais, la magie y est réelle, notamment par la présence des dieux païens. Thya est une oracle et possède un don. A la fin du second tome, on se détache de l’Histoire telle qu’elle aurait dû être et mon récit bascule dans l’uchronie.

Jérôme Vincent : Rachel, l’intrigue de ton roman Le glaive de Mithra s’inscrit au  VIIIème siècle mais dans lequel l’Empire Romain perdure?

Rachel Tanner : En effet, l’uchronie démarre sous le règne de Constantin Ier au IVème siècle. Ainsi, en 324, il n’a pas déclaré le christianisme comme religion d’état et en 326, sa seconde femme Faustina et son fils Crispus ont été sauvés de l’exécution par des magiciens. Après la mort de Constantin, ce sera Crispus qui lui succédera :  non seulement, il va persécuter les Chrétiens mais il va mettre en avant le Culte de Mithra. Les valeurs associées à cette religion sont la solidarité et la combativité ce qui empêchera Rome de s’effondrer. J’ai alors imaginé une nouvelle société mi-Bas Empire Romain, mi-féodale. Au niveau social, les élites ont fui dans les campagnes, les femmes sont admises au sein du Culte et la Religion se bureaucratise. Le personnage de Charlemagne n’est alors plus le même que celui de notre Histoire.

Jérôme Vincent : Johan, dans Reconquérants, où en est l’Empire Romain?

Johan Héliot : Le roman débute au Ier siècle avant Jésus-Christ, une expédition part à l’ouest des colonnes d’Hercule [le détroit de Gibraltar, aujourd’hui] pour les Amériques. 1500 ans plus tard, les Romains ont développé leur propre civilisation  dans le Nouveau Monde en asservissant les populations indigènes et en atteignant un niveau technologique avancé grâce à la maîtrise de la vapeur. Ils décident alors de construire une flotte et de partir à l’est pour reconquérir l’Ancien Monde. La vieille Europe s’est depuis bien longtemps effondrée et deux civilisations différentes se confrontent.

Jérôme Vincent : Nicolas, peux-tu nous en dire plus à propos de « ta » République de Weimar?

Nicolas TexierOpération Sabines oppose les services secrets de l’Empire britannique à la République Romaine de Weimar. Les deux gouvernements s’intéressent de très près aux recherches d’un savant sur l’atome qui risquerait de déséquilibrer les forces présentes en Europe. La République de Weimar est alors dirigée par un appareil militaire puissant (l’Armée) et un pouvoir fort qui s’exerce (le Sénat).

Jérôme Vincent : Estelle, La voie des oracles se déroule en Gaule.

Estelle Faye : Effectivement, mon premier tome se déroule sur ce territoire et Thya entreprend de le traverser du Sud au Nord. Dans le second, elle part vers l’est en direction de l’Empire Byzantin et découvre un monde qui ne ressemble en rien à ce que son père lui avait décrit. Dans le troisième tome, elle part à Carthage, en Afrique du Nord.

Jérôme Vincent : Tu éprouves beaucoup de plaisir à découvrir de nouveaux territoires?

Estelle Faye : Oui, ce sont des périodes fascinantes avec une très grande variété de cultures. Pour moi, c’est le meilleur voyage dans le temps qui existe.

Rachel Tannier (à Estelle Faye) : Je me rappelle que tu avais introduit de nombreux détails comme la présence de garum [sauce très forte faite à base poisson et dont les Romains raffolaient pour agrémenter leur plat. Aujourd’hui, elle se rapprocherait du nuoc-mâm].

Nicolas Texier : Il me semble que le garum est cité dans Salammbô de Gustave Flaubert.

Rachel Tannier (à Estelle Faye) : J’ai beaucoup apprécié que tu décrives les spécialités culinaires dans ton roman. Tu fais ainsi référence à l’Histoire des mentalités en montrant que notre sensibilité culinaire a beaucoup évolué depuis cette époque : par exemple, les Romains faisaient bouillir leur viande ou rajoutaient du miel dans leur vin, ce qui serait impensable aujourd’hui.

Estelle Faye : Effectivement, j’ai essayé les recettes d’Apicius [célèbre cuisinier romain ayant vécu au Ier siècle avant J.-C. et le Ier siècle après J.-C.] et cela ressemble beaucoup à la cuisine libanaise d’aujourd’hui. Cette culture culinaire permet au lecteur de s’immerger dans le roman.

Jérôme Vincent : Tous ces détails donnent de la véracité à l’histoire.

Rachel Tannier : Pour ma part, si les détails historiques ne cadrent pas avec le contexte historique, cela me sort complètement du récit (par exemple, des soldats médiévaux qui cuisineraient des pommes de terre ou des tomates). Le pouvoir de la lecture est de nous permettre de se projeter dans un nouvel univers et de comprendre d’autres mentalités que la nôtre.

Nicolas Texier : C’est tout l’intérêt de l’exotisme. Si par exemple, on relit L’Iliade d’Homère, on est frappé par le caractère puissant de l’exotisme qui transparaît dans le texte.

Johan Héliot : Pour ma part, je ne souhaite pas mettre ces détails car je veux m’échapper de la réalité.

Jérôme Vincent (à Johan) : Du coup, tu préfères adopter un point de vue plus contemporain  qu’ historique?

Johan Héliot : Cela ne fait pas partie des questions que je me pose. Mais, effectivement, comment se départir de notre vision d’aujourd’hui?

Rachel Tanner : Je vais faire de la publicité pour la série télévisée Rome qui est une oeuvre de fiction extraordinaire dans laquelle des personnes vivent et pensent différemment de nous.

Estelle Faye : Je suis d’accord avec toi, Rachel. Je ne suis pas historienne mais je souhaite reconstituer dans mes romans un état d’esprit plutôt qu’un évènement. j’ai rencontré Xavier Mauméjean qui m’a fait part de la méthode de Stanislavski utilisée dans la formation des acteurs et grâce à laquelle, il est possible de reconstituer un état d’esprit d’un personnage (son éducation, sa culture, son origine) ou sa manière de bouger (si une femme porte un corset, par exemple).

Nicolas Texier : Pour en revenir à la série Rome, les réalisateurs ont respecté l’état d’esprit des Romains pour lesquels les règlements de compte pouvaient trouver une issue violente. Je me suis servi de cela et j’ai ramené cet état d’esprit aux années 30.

Estelle Faye : J’écris mes personnages comme si j’allais les jouer en tant que comédienne.

Johan Héliot : Pour ma part, je laisse au lecteur le soin d’interpréter.

Jérôme Vincent : Pour terminer, si vous n’aviez qu’un élément de l’Empire Romain à garder, lequel ce serait?

Nicolas Texier : L’aigle et le Sénat.

Estelle Faye : Le gâteau au garum.

Johan Héliot : Le glaive.

Rachel Tannier : Tout cela en même temps!

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