Le Colisée de Keith Hopkins et Mary Beard

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Quatrième de couverture : 

Dans un récit aussi vivant qu’original, Keith Hopkins et Mary Beard invitent le lecteur à un périple, fait de légendes et d’histoires, au coeur du plus mythique des monuments : le Colisée de Rome. Construit entre 71 et 80 après J.-C. par l’empereur Vespasien, le Colisée suscite fantasmes et inexactitudes. A quoi servait-il ? Comment se déroulaient les jeux ? Quelle était la vie d’un gladiateur ? Qu’en pensaient les Romains ? Des chrétiens ont-ils vraiment été jetés aux lions ? Comment le monument a-t-il survécu à travers les âges ? A partir des meilleures sources et des recherches archéologiques les plus récentes, les auteurs — spécialistes reconnus de l’Antiquité — démêlent le vrai du faux pour nous raconter la fabuleuse histoire du plus grand symbole de l’Empire romain.
Des invasions barbares jusqu’à aujourd’hui, ils décrivent aussi l’étonnante seconde vie de ce monument qui fut, tour à tour, un fort, une église, un jardin botanique et une fabrique de colle… Plein d’anecdotes et d’illustrations, ce livre, érudit et divertissant, est la meilleure biographie du Colisée.

Editeur : Tallandier

Nombre de pages : 270

Prix : 19,90€

Date de publication : 21 Mars 2019 (2005 pour la 1ère édition)

Mon Avis : 

Ma passion pour l’Histoire Romaine n’a plus de secrets pour vous. Il était donc logique que je sélectionne Le Colisée de Keith Hopkins et Mary Beard lors de la dernière Masse critique de Babélio que je remercie ainsi que les éditions Tallandier pour l’envoi du livre. Malheureusement, bien que cet ouvrage de vulgarisation possède quelques qualités, un certain nombre de défauts auront fait que j’ai très moyennement apprécié cette lecture.

Plus connu aujourd’hui sous le nom de « Colisée » (il s’agit d’un nom donné à l’époque médiévale en raison de la présence d’une statue colossale devant le bâtiment), l’amphithéâtre flavien a été construit par l’empereur Vespasien à partir des années 70 après J.-C. puis inauguré sous le règne de son fils Titus, en 80. Sa construction est éminemment politique car il s’agissait pour Vespasien de rendre les terres au peuple romain confisquées par son prédécesseur Néron pour la construction de sa Maison Dorée. À Rome, il s’agit du premier amphithéâtre construit en dur, les plus anciens étant ceux de Capoue et de Pompéi. Jusqu’à présent, ces édifices de spectacle étaient échafaudés en bois et démontables. L’amphithéâtre flavien pouvait accueillir jusqu’à 50000 spectateurs (pour rappel, la population de la ville de Rome, à cette époque, était d’un million de personnes) ce qui en fait un des plus grands de l’Empire Romain.

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Tiré du Colisée de Keith Hopkins et Mary Beard (p. 10)

L’édifice répondait à des codes bien spécifiques :
– Les spectateurs étaient placés en fonction de leur rang : si l’empereur avait sa loge personnelle au nord ou au sud, les premiers gradins étaient réservés aux sénateurs puis aux Chevaliers et ainsi de suite. Plus on montait dans les gradins, plus on descendait dans l’échelle sociale. Les gradins du haut étaient en bois et accueillaient les esclaves ou les femmes (j’aurai l’occasion de revenir là-dessus).
– Le coût du spectacle était supporté par l’empereur principalement qui voyait là l’occasion d’offrir un divertissement à son peuple pour tester sa popularité (la fameuse citation de Juvénal « Du pain et des jeux ») .
– La journée-type d’une représentation à l’amphithéâtre était la suivante : le matin était réservé aux chasses avec des animaux, le midi aux exécutions de criminels et l’après-midi bien plus populaire, aux combats de gladiateurs.

Ces gladiateurs pouvaient être des esclaves venus de contrées lointaines et vaincues ou de citoyens romains qui avaient été obligés de se vendre pour des raisons financières par exemple. Si les Gladiateurs étaient jugés comme infréquentables au même titre que les acteurs, ils pouvaient toutefois jouir d’une certaine popularité en fonction du nombre de combats gagnés. Certes, leur taux de mortalité était relativement important dans ce « métier », mais il n’était pas dans l’intérêt de leur propriétaire qu’ils moururent rapidement (entretenir et entraîner un gladiateur coûte cher). Enfin, si certains arrivaient à survivre, ils pouvaient être affranchis.

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Source : Vue panoramique de l’intérieur

L’amphithéâtre flavien a continué de fonctionner jusqu’au VIème siècle après J.-C. puis, il a été progressivement abandonné. Au Moyen Age, on avait même oublié sa fonction première, redécouverte grâce à l’étude des auteurs anciens, durant la Renaissance. S’il a longtemps servi de carrière (le travertin a été réemployé pour la construction de palais et d’églises), il a été aussi investi par les habitants de Rome (à l’image du Théâtre Marcellus encore aujourd’hui), mais aussi par la flore. C’est au XVIIème siècle que la Papauté s’intéresse au Colisée pour en faire un symbole du martyr chrétien et le préserver. À partir de ce moment-là, l’édifice va subir de nombreuses modifications pour sa sauvegarde (il menaçait de tomber fragilisé par le temps et les tremblements de terre) et des travaux archéologiques à partir du XIXème siècle. Aujourd’hui, il est un lieu de tourisme incontournable et symbolique de la ville de Rome.

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Source : Vue panoramique de l’extérieur

Lorsque je débute un ouvrage d’Histoire, je m’intéresse toujours au préalable à la Table des matières pour savoir quel plan l’auteur a suivi. J’avoue que celui du Colisée de Keith Hopkins et de Mary Beard m’a laissée un peu perplexe car je n’aurais pas du tout traité le sujet de cette manière. Pour ma part, j’aurais adopté un plan mi-chronologique, mi-thématique avec une introduction sur le contexte du projet au temps des Flaviens, une première partie sur sa construction et son architecture, une seconde sur son utilisation sociale et symbolique, une troisième sur les spectacles proprement dit, une quatrième sur son évolution à partir du VIème siècle jusqu’au XIXème siècle et enfin, j’aurais conclu par le Colisée d’aujourd’hui. Certes, ce plan est classique mais est à mon sens plus clair. Keith Hopkins et Mary Beard ont préféré partir des représentations que leur lecteur pouvait avoir de l’édifice et utilisent par exemple des œuvres contemporaines et fictives comme Gladiator de Ridley Scott. Après tout, pourquoi pas, cela permet d’impliquer le lecteur dans leurs réflexions. Malheureusement, leur plan s’en retrouve aussi impacté car il part dans de nombreuses circonvolutions entre les époques ce que je trouve dommage.

Ensuite, ils prennent beaucoup de recul vis à vis des sources antiques, ce qu’il convient absolument de faire : je citerais par exemple Le livre des spectacles de Martial qui aborde l’inauguration de l’amphithéâtre flavien. Le but de Martial était de flatter l’empereur pour obtenir quelque chose en échange (notoriété, avantage, etc…), il est donc possible qu’il ait exagéré dans la description des festivités. En revanche, cette méthode de travail me dérange un peu plus lorsque les deux auteurs l’appliquent aussi aux travaux de leur contemporains – archéologues et historiens – et qu’ils adoptent un ton condescendant vis à vis d’eux :

Néanmoins, les archéologues qui avancent non sans dédain que la réputation du Colisée est une invention moderne, le fruit de nos propres obsessions, et sans grand rapport avec les Romains, doivent se tromper. Ils sont du moins contredits par toutes sortes d’éléments attestant l’antique renommée du monument. (P. 38)

Il n’est guère surprenant que certains archéologues se soient efforcés de résister à cette idée, et qu’ils aient eu recours pour ce faire à des arguments peu crédibles. (P. 97)

En fait, nous n’avons aucune preuve que les parieurs aient été présents sur les lieux pour juger sur pièces. C’est une idée principalement née de l’imagination  des historiens modernes, lorsqu’ils tentent de trouver une logique à ces spectacles en les assimilant aux courses de chevaux, ou aux courses de chars antiques, qui attiraient en effet les parieurs. (P. 102).

Malgré le caractère idéologique évidemment tendancieux de cette théorie, les spécialistes modernes la reprennent à leur compte comme si c’était un fait avéré. (P. 166)

Ils peuvent très bien ne pas être d’accord avec le résultat de leurs travaux, c’est tout à fait légitime mais je pense qu’il y a une manière de le formuler sans remettre en question les compétences des collègues. Moi-même, je ne suis pas contre l’idée de renouveler mes connaissances acquises durant mon parcours universitaire. En revanche, il faut que les nouvelles théories soient étayées par des arguments solides pour achever de me convaincre. Je ne cache pas que certaines réflexions sont très intéressantes comme la place des femmes dans l’amphithéâtre (moi aussi, j’imagine mal les femmes de l’élite au dernier rang à côtoyer la « plèbe »!) ou la réservation des premières places aux sénateurs (ces places pouvaient être en plein soleil ou pluie car mal protégées par le voile et dangereuses du fait que certains animaux comme des éléphants auraient pu chercher à s’échapper par les gradins). Toutefois, j’ai été un peu plus rétive pour d’autres réflexions notamment sur le taux de mortalité des gladiateurs. Les deux auteurs se basent sur les sources épigraphiques comme les stèles funéraires ou les graffitis retrouvés à Pompéi. Bien que ces résultats soient très intéressants, il ne faut pas perdre de vue qu’ils sont également fragmentaires et ne peuvent pas être représentatifs de toute une période.

En conclusion, bien que le plan de cet ouvrage soit atypique, les deux auteurs partent des représentations des lecteurs (peinture, film) pour étayer leur propos ce qui peut être un bon outil de vulgarisation. Ils ont également tout à fait raison de prendre du recul par rapport aux sources antiques et ils proposent certains axes de réflexion très intéressants. Toutefois, le ton condescendant qu’ils utilisent pour qualifier les travaux de recherche de leur collègues archéologue et historien les desservent énormément : ils peuvent ne pas être d’accord avec leurs théories mais de là à remettre en question leurs compétences, je ne trouve pas cela très fairplay. Surtout, ils n’apportent pas forcément eux-mêmes d’autres alternatives probantes. J’ai dans ma bibliothèque un autre ouvrage de Mary Beard sur Pompéi, je pense le lire pour savoir si cet ouvrage me laissera la même impression.

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