Hypérion de Dan Simmons

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Quatrième de couverture : 

Hypérion, une lointaine planète faisant partie de l’Hégémonie, est menacée par les Extros. De plus, les Tombeaux du Temps, lieu mystérieux gardé par le Gritch, un monstre étrange et sanguinaire, semblent vouloir s’ouvrir. Sept Pèlerins sont envoyé par la sainte Église du Gritch afin d’empêcher la réouverture des Tombeaux du Temps et de parlementer avec le Gritch. Ils ne se sont jamais vus auparavant, mais le voyage va leur permettre de lier connaissance, et au cours de l’aventure, chacun va raconter son histoire et expliquer ce qui le lie au Gritch.
Jusqu’à ce qu’ils arrivent aux Tombeaux du Temps…

Editeur : Pocket

Nombre de pages : 637

Prix : 9,40€

Date de publication : 11 Septembre 2014

Mon Avis : 

Lire des ouvrages de l’auteur Dan Simmons (tout comme ceux de Guy Gavriel Kay d’ailleurs!) était un des objectifs de l’année 2019. Cela avait été en partie atteint en juin avec l’excellent Terreur mais cela n’avait pas complètement satisfait un certain dieu égyptien. Non, il fallait que je lise aussi l’un de ses romans préférés : Hypérion! Et c’est sans compter sa ténacité alliée à celle d’un petit Lutin malin, ce roman culte est enfin arrivé au sommet de ma PAL! Et devinez quoi? Leur persévérance a payé car j’ai adoré le premier tome d’Hypérion!

Suite à la Grande Erreur qui a détruit l’Ancienne Terre au XXIème siècle, l’Humanité a dû trouver refuge vers d’autres planètes du système solaire d’abord, puis beaucoup plus loin dans l’univers. Au XXVIIIème siècle, elle a colonisé quelques deux cent planètes formant la Confédération de l’Hégémonie. Mais cette dernière se retrouve menacée par les Extros, des Humains renégats qui risquent de les conduire vers une guerre interstellaire.
Or, les Extros s’intéressent en même temps à une planète située aux confins du territoire de l’Hégémonie : Hypérion. Elle est connue pour abriter une mystérieuse et terrifiante créature de métal : le Gritche. Selon la légende, elle est prisonnière des Tombeaux du Temps et si ces derniers venaient à s’ouvrir et à la relâcher, l’Humanité toute entière risque d’être menacée. Sur les conseils des Intelligences Artificielles du TechnoCentre, l’Hégémonie envoye alors sept pèlerins sur cette planète pour qu’ils rencontrent le Gritche et empêchent l’ouverture des Tombeaux du Temps. Ils ne se connaissent pas et ont des motivations différentes : pendant le voyage qui les mène à leur destination finale, ils décident alors chacun à leur tour de se raconter leur histoire…

Le roman Hypérion, un hommage à John Keats…

Dan Simmons est un grand admirateur du poète anglais du XIXème siècle et le choix des titres des quatre tomes du Cycle d’Hypérion n’est pas anodin. En effet, ils font tous référence à des poèmes de John Keats : Hypérion et Endymion. De plus, l’auteur fait de nombreuses références au poète anglais ce qui constitue un fil rouge tout au long de son intrigue :

  • Keats est le nom d’une ville sur la planète Hypérion.
  • Le poète Martin Silenus souhaite rendre hommage à John Keats en composant ses propres Chants d’Hypérion.
  • Le cybride Johnny possède la personnalité de John Keats reconstituée d’après sa correspondance et sa poésie.
  • Dan Simmons insère régulièrement dans son récit des vers du poète anglais.
  • Enfin, le poème Hypérion de John Keats met en scène les sept Titans déchus par les dieux Olympiens à l’instar des sept pèlerins de Dan Simmons, représentants de l’Humanité menacée par le Gritche.

…qui se veut riche et complexe…

  • Des personnages au coeur du récit : Sur la route qui les mène aux Tombeaux du Temps sur la Planète Hypérion, les personnages décident de raconter chacun à leur tour les raisons qui les ont poussés à prendre part au pèlerinage. Ainsi, le prêtre Lénar Hoyt, le soldat Fedmahn Kassad, le poète Martin Silenus, le professeur Sol Weintraub, la détective H. Brawne Lamia et le consul vont prendre la parole, à l’exception d’Het Masteen. En effet, ce dernier, Templier et commandant du vaisseau Yggdrasil a mystérieusement disparu entre temps.Il est intéressant de remarquer à quel point ces sept personnages sont caractéristiques des différentes fonctions dans une société : les militaires (Kassad, Masteen et Lamia), les intellectuels (Silenus et Weintraub), le religieux (Hoyt) et le politique (le consul). Mais aussi, les trois anciennes religions monothéistes sont représentées au travers de Hoyt (Chrétien), Kassad (Musulman) et Weintraub (Juif). Ainsi, Dan Simmons démontre que si l’Humanité parvient à mettre de côté ses différences, elle peut travailler de concert dans un but commun : sa survie.
    De plus, un récit sur les six m’a particulièrement touchée : celui très émouvant de Sol Weintraub. Il a mis sa vie entre parenthèse afin de trouver un remède au mal qui affecte sa fille. Sa venue sur Hypérion est donc son dernier espoir.
  • J’ai trouvé la composition du récit très originale. En fait, il m’a même fait penser au début à un fix up, c’est à dire plusieurs nouvelles ou novellas  indépendantes mais mises bout à bout, elles forment finalement une histoire complète. Et le plus impressionnant, ce sont les styles très différents qui caractérisent chacune d’entre elles comme si elles avaient été écrites à plusieurs mains : par exemple, on a un récit d’aventure (le père Hoyt), épique (Kassad), satirique (Silenus), un polar (Lamia), etc…
    De plus, j’ai beaucoup apprécié le fait que plus j’avançais dans ma lecture, plus ma connaissance de l’univers complexe et de ses enjeux s’affinait tout en changeant mes perspectives et mon opinion au sujet des différentes personnages et forces qui s’affrontaient : l’Hégémonie, l’Eglise Gritchèque, le Techno Centre et les Extros.
  • Un impressionnant sense of wonder : Si certains éléments sont déjà connus ou devenus des classiques de la Science Fiction comme les accès distrans qui  permettent de se téléporter d’une planète à une autre (cf les portes des étoiles de Stargate) ou les cybrides qui sont des robots intelligents et d’apparence humaine (Blade Runner de Philipp K. Dick), d’autres au contraire m’ont  émerveillée. Je citerais ainsi le vaisseau-arbre Yggdrasil qui m’a beaucoup surprise ou la fabuleuse maison du poète Martin Silenus dont chaque pièce se trouve sur une planète différente :

Ma demeure comprend trente-huit pièces sur trente-six planètes. Pas de portes. Les entrées voûtées sont des accès distrans. (…) De la grande salle à manger du Vecteur Renaissance, j’aperçois le ciel de bronze et les tours verts-de-gris de la forteresse Enable, dans la vallée située en contrebas de mon pic volcanique. En tournant la tête, je vois, à travers l’ouverture distrans, par delà l’étendue du grand tapis blanc du hall de réception, l’océan Edgar Allen dont les vagues se brisent au pied du cap Prospero, sur Nevermore. Ma bibliothèque a vue sur les glaciers et les cieux verts de Nordholm, et il me suffit de faire dix pas pour descendre, par un étroit escalier, dans ma tour de travail, où une grande salle circulaire et confortable s’ouvre sur trois cent soixante degrés par des parois de verre polarisé, au somptueux spectacle des plus hauts sommets du Kushpat Karakoram, une chaîne de montagnes de deux mille kilomètres de long… (P. 263) 

… tout en donnant quelques axes de réflexion à son lecteur.

Hypérion possède également plusieurs niveaux de lecture. Certains lecteurs peuvent n’y voir qu’un roman de Planet Opera. Mais en réalité, le roman est beaucoup plus subtil qu’il n’y parait puisque Dan Simmons en profite aussi pour faire passer quelques messages et dénoncer des petits travers de notre société actuelle :

  • Un récit satirique : à l’occasion du récit de Martin Silénus, le monde de l’édition en prend pour son grade ainsi que la lecture grand public! Le poète a rencontré le succès en publiant un livre intellectuellement inintéressant La Terre qui meurt vendu à plus de trois milliards d’exemplaires alors même que son recueil de poésies, Cantos plus élaboré est un bide!

Le prochain livre en question sortit cinq mois standard plus tard. La Terre qui meurt II reprenait là où La Terre qui meurt s’arrêtait, en prose banale cette fois-ci. La longueur des phrases et le contenu des chapitres étaient soigneusement établis en fonction des réponses neurobiologiquement recueillies auprès d’un échantillon représentatif de six cent trente-huit lecteurs de transcops. Le livre était présenté sous la forme d’un roman assez court pour ne pas effaroucher le lecteur potentiel aux présentoirs des caisses de l’hypermarché Trucbouf. (P. 274)

  • Un récit cynique : Le roman a probablement été écrit dans le contexte de la Guerre Froide car il a été publié en 1989 aux Etats-Unis et en 1991 en France. Et cela se ressent dans le récit car dans Hypérion, la Terre aurait été détruite au XXIème siècle à cause d’une Guerre et de tirs de missiles nucléaires, période connue sous le nom de la Grande Erreur. Finalement, l’Humanité a pu être sauvée car elle était suffisamment avancée technologiquement pour coloniser d’autres planètes. Or, ce n’est pas le cas dans notre réalité! Aujourd’hui, la Terre est toujours menacée mais le contexte est un peu différent. L’auteur met donc en garde son lecteur sur le fait qu’il n’existe aucun autre refuge en dehors de la Terre et qu’il convient de préserver cette dernière pour la survie de l’Humanité!
  • Enfin, Dan Simmons permet aussi de réfléchir sur le développement de l’Intelligence Artificielle et l’organisation Techno Centre qui les gère et les contrôle. Il est vrai qu’il s’agit d’un thème relativement récurrent en Science Fiction (Techno Centre m’a d’ailleurs fait penser à Skynet de Terminator) : l’auteur met donc en garde l’Humanité sur les possibles dérives de cette technologie.

En conclusion, j’ai eu beaucoup de mal à écrire cette chronique! D’habitude, je ne prends jamais de notes au cours de mes lectures mais pour ce roman, je pense que cela aurait peut-être été une bonne chose tant l’univers est dense, riche et complexe!  Les personnages sont bien travaillés, les styles d’écriture divers et variés permettent de remettre en question ce que l’on sait, le sense of wonder est impressionnant, l’intrigue originale et déroutante, etc… Bref, je comprends mieux pourquoi ce roman a tant obtenu de prix (Prix Hugo, Prix Locus et Prix Seiun de roman de Science Fiction en 1990) car c’est amplement mérité! Inutile de vous dire que la suite La chute d’Hypérion est déjà en commande!

Autres Avis : 

Albédo

Apophis

Célindanaé

7 réflexions sur “Hypérion de Dan Simmons

  1. Belle critique, qui, je l’espère, va inciter plus de monde à découvrir cet incontournable de la SF ! Bravo 🙂

    L’aspect « Keatsien » monte encore plus en puissance dans La chute d’Hypérion, et je pense que c’est quelque chose que tu vas apprécier.

    Aimé par 1 personne

  2. Ah! les notes! Sur Hyperion j’en ai pris un paquet car il est si riche. Très belle chronique dont je partage chacun des points. Si tu aimes Keats, tu vas te régaler dans la Chute d’Hyperion. Allez, il faut lire Hypérion, c’est la SF a son summum.
    Je suis très heureuse de valider une entrée supplémentaire à ton challenge avec un vibrant hommage comme celui-ci.
    A deux nous sommes parvenu à te convaincre, c’est génial!

    Aimé par 1 personne

  3. Je l’ai lu bien avant l’ouverture de mon blog, et cela avait été une grosse claque ! Tu verras le suivant est encore meilleur, si c’est possible 😉
    Félicitations pour ta chronique ! Tu t’en es brillamment sortie, et tu m’as donné furieusement envie de le relire 😊

    Aimé par 1 personne

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