Grand Siècle (T.3) de Johan Héliot

76929EB3-1238-433B-B2B5-1B93150135CF

Quatrième de couverture : 

Entre la Terre et l’espace, la révolution et le voyage vers Mars, nous retrouvons le destin de la famille Caron dans une aventure uchronique où la machine et la technologie viennent accélérer le destin de la France pour la conduire vers des horizons meurtriers et grandioses.

Editeur : Mnémos

Nombre de pages : 287

Prix : 19,00€

Date de publication : 16 Mai 2019

Mon Avis :

Cette année, je me suis fixée pour objectif de finir toutes les sagas débutées précédemment, raison pour laquelle, j’ai tout de suite enchaîné ce dernier tome après ma lecture du second. J’ai vraiment beaucoup apprécié cette trilogie et pour tous ceux qui aiment l’uchronie, je vous la conseille vivement. En ce qui concerne ce troisième tome, j’avoue que c’est celui que j’ai le moins aimé de la trilogie mais le niveau reste toute de même très bon.

Avertissement : arrivé à ce stade de lecture, le spoiler des deux tomes précédents est inévitable. Je vous conseille donc de vous reporter aux chroniques du Tome 1 et du Tome 2 si vous ne les avez pas encore lus.

Le roman se déroule environ vingt ans après les faits du second tome, soit en 1698. Les connaissances de l’Unité d’Exploration Conscientisée extraterrestre tombée accidentellement sur Terre cinquante ans plus tôt, ont considérablement fait évoluer les avancées scientifique et technologique du Royaume de France. Le vaisseau spatial du Soleil a été construit et se retrouve désormais en orbite autour de la Terre en attendant sa prochaine mission qui consistera à aller sur la planète Mars. Mais, tandis que le Roi Louis XIV rêve de ses conquêtes spatiales, le peuple de France malmené par la Guerre de la Sainte Coalition qui oppose les Bourbons aux Habsbourg et au Pape, commence à gronder…

Une Dyschronie…

« Dans le silence infini de l’Ether, personne ne vous entendait crier. » (p. 5)

Si le roman débute par cet hommage à un grand classique cinématographique de la Science Fiction, ne vous laisser pas abuser par ce petit trait d’humour car le ton est radicalement différent des deux tomes précédents. En effet, l’effervescence des premières découvertes liées à l’utilisation de l’effluve ainsi que l’apparition de nouvelles technologies qui avait permis le développement précoce de la société française du XVIIème siècle ont rapidement évolué vers une situation beaucoup plus sombre. Johan Héliot s’est alors inspiré de plusieurs époques de notre Histoire pour écrire ce roman qui s’apparente désormais plus à une dyschronie qu’à une uchronie.

  • La Pax Bourbonia a pris fin : doté d’une force de frappe technologiquement supérieure à ses voisins, le Royaume de France avait assujetti toutes les autres monarchies d’Europe leur imposant par le biais de la Conquête, une Paix en faveur du vainqueur. Mais, Louis XIV a confié depuis peu la « res militaris » à son frère, Philippe d’Orléans, dit « Monsieur ». Or, ce dernier s’avère aussi extravagant dans ses tenues que brutale et cruel dans son comportement. Il laisse ses troupes violer, piller, massacrer sans aucune retenue ce qui commence à provoquer quelques révoltes parmi les peuples occupés (cela fait référence aux Dragonnades utilisées contre les Protestants au XVIIème siècle). L’empereur du Saint Empire, Léopold Ier soutenu par le Pape Jules IV décide alors de contre-attaquer et de mener la Sainte Coalition contre le Royaume de France.
  • Le pouvoir se radicalise : depuis l’attentat perpétré contre lui et son projet de conquête spatiale, Louis XIV a muselé l’opposition. À la fin du second tome, il avait ainsi fait fermer la Voix de Paris et avait fait mettre en prison la rédactrice en chef, Jeanne Caron-Plantin. Dans ce troisième tome, il va encore plus loin car la luxovision qui permettait de retransmettre à distance les images d’un évènement, se dote désormais du son, le vibrarium pour alimenter une véritable propagande. C’est alors Jean de La Fontaine qui est chargé de diffuser sur les écrans l’unique information officielle.

    A toute heure du jour, l’éloge des plus mielleux laquais de Louis, thuriféraires de sa politique, résonnait aux oreilles de ses admirateurs comme à celles du peuple – par contrainte, le plus souvent, pour ce dernier. (P. 18-19)

    L’état de guerre qui s’est propagé sur le sol français empêche les denrées de circuler et provoque des pénuries. La population très affaiblie décide alors de se révolter contre le pouvoir qui réagit de manière arbitraire en emprisonnant les insurgés et en utilisant une nouvelle technologie mortifère : le pavois. Le Royaume de France sombre dans une sorte de dictature qui rappelle le contexte de la Seconde Guerre Mondiale.

  • L’utilisation de l’effluve n’est pas sans conséquence sur l’organisme humain. Dans le second tome, on apprenait déjà que les prisonniers qui extrayaient l’effluve des mines mouraient d’une mystérieuse fièvre. Dans le troisième tome, cette conséquence de la manipulation de l’effluve touche désormais un spectre beaucoup plus large puisque les Ingénieurs de l’Académie de l’Ether et le personnel de l’ANAS (Arsenal National d’Ascention vers la Sphère) sont également touchés. La description faite par Martin à ce sujet nous rappelle également les dangers de la manipulation de l’uranium :

    – La fièvre effluvique est donc une fatalité, déplora Estienne, dépité. Elle a causé des ravages dans les mines et parmi le personnel de la Fabrique. Ceux qui ont beaucoup manipulé les matières premières, dans les ateliers d’assemblage des machines à produire de l’énergie, ont tous été touchés.
    – Les radiations émises ont déstabilisé leurs structures organiques. C’est le même phénomène à l’œuvre avec les générateurs du Soleil. (P. 199)

  • Enfin, la Fratrie des Caron n’est pas épargnée. Cinquante ans après leur arrivée à Paris, le sort s’acharne décidément sur eux : Martin tue son officier supérieur, Estienne a été embastillé, Pierre et Jeanne se sont exilés du Royaume de France et Marie a été contrainte d’abandonner sa fille Jeannette à la Marquise de Sévigné puis sombre dans l’alcool.

… à la conclusion moins convaincante

Si le ton sombre de ce troisième opus ne m’a pas du tout dérangée, en revanche, j’ai été beaucoup moins convaincue par la conclusion de la trilogie :

  • J’avais beaucoup apprécié dans les deux premiers tomes le style d’écriture de Johan Héliot qui reconstituait le vocabulaire et les expressions de l’époque. Si la plume de l’auteur est toujours aussi fluide et bien écrite, je n’ai malheureusement pas retrouvé dans ce troisième tome cette restitution.
  • Les évènements de la Conquête de l’Ether passent finalement au second plan par rapport à la Guerre du Royaume de France contre la Sainte Coalition et le soulèvement du Peuple de Paris contre le pouvoir royal.
  • Les ellipses temporelles m’ont beaucoup plus dérangée : si elles étaient bien présentes dans les deux premiers tomes, elles étaient beaucoup plus flagrantes dans ce dernier. Du coup, cela m’a parfois un peu gênée pour la compréhension de la chronologie ou le suivi des personnages principaux.
  • La fin est un peu rapide : les évènements s’imbriquent un peu trop parfaitement les uns dans les autres et j’ai trouvé les rencontres fortuites entre certains personnages un peu téléphonées comme celle de Jeannette avec sa tante Jeanne et son oncle Pierre dans Paris.

En conclusion, bien que j’ai un peu moins aimé ce dernier tome pour les raisons évoquées ci-dessus, Grand Siècle de Johan Héliot reste une excellente trilogie pour laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. La plume agréable et fluide de l’auteur, son inventivité et son originalité pour la construction de l’univers ainsi que sa documentation pour donner de la crédibilité à ses personnages et au contexte historique font que je vais probablement m’intéresser de près à ses autres publications, notamment Reconquérants ou La trilogie de la Lune sortie récemment en intégral.

Autres Avis : 

Le Bibliocosme 

Le chroniqueur de chroniques

Ombrebones

7 réflexions sur “Grand Siècle (T.3) de Johan Héliot

  1. Merci pour le lien 🙂 pour le moment ça reste ma saga favorite de l’auteur. Même si elle n’est pas parfaite et que la fin peut laisser une arrière goût de trop peu / trop facile par moment je ne me rappelle pas que sur le coup ça m’avait gêné. Mais ma lecture remonte à plusieurs mois, entre temps j’oublie hélas x.x

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s