Noir, Histoire d’une couleur de Michel Pastoureau

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Quatrième de couverture :

Couleur de la mort et de l’enfer, le noir n’a pas toujours été une couleur négative. Au fil de son histoire, il a aussi été associé à la fertilité, à la tempérance, à la dignité. Et depuis quelques décennies, il incarne surtout l’élégance et la modernité. Du noir des moines et des pirates au noir des peintres et des couturiers, Michel Pastoureau retrace la destinée européenne de cette couleur pas comme les autres.
Il s’attache à cerner sa place dans les faits de langue, les pratiques sociales, la création artistique et le monde des symboles. Couleur à part entière jusqu’à ce que l’invention de l’imprimerie puis les découvertes de Newton lui donnent le statut particulier de non-couleur, le noir dévoile ici une histoire culturelle extrêmement riche, depuis les mythologies des origines jusqu’à son triomphe au XXe siècle.

Editeur : Points Histoire

Nombre de pages : 270

Prix : 8,80€

Date de publication : 5 juin 2014

Mon Avis : 

Je poursuis la lecture des ouvrages sur l’Histoire des couleurs de Michel Pastoureau pour remettre le pied à l’étrier après ma panne de lecture. Pour rappel, Michel Pastoureau est l’un de mes historiens préférés, spécialiste en Histoire culturelle et plus spécifiquement en Histoire symbolique, il a écrit plusieurs ouvrages sur les couleurs dont le bleu, le vert, le rouge, le jaune (qui vient de paraître) et à mon avis, il terminera avec le blanc plus tard. Aujourd’hui, c’est la couleur noire que je vais vous présenter.

Évidemment, je ne le redirai jamais assez mais tous ses ouvrages sont très abordables. Vous n’avez pas besoin d’être spécialiste en Histoire pour pouvoir les lire (ce qui n’est pas le cas de tous les historiens, croyez-moi!). Ces petits ouvrages sont certes courts et synthétiques mais extrêmement bien faits, bien écrits et sont de parfaits outils de vulgarisation. Mais qui dit vulgarisation, ne dit pas simpliste! Car ses ouvrages sont également très rigoureux d’un point de vue historique et scientifique : ils s’appuient sur des sources (citées notamment dans des notes que vous retrouverez à la fin de l’ouvrage – d’ailleurs, petite parenthèse, je ne suis pas très fan de cette méthode, je préfère lorsque les notes sont en bas de page), se fonde sur ses hypothèses et recherches et utilise une bibliographie exhaustive. Il n’hésite pas non plus à parler des limites des historiens lorsque les sources ne sont pas assez explicites. Seul petit bémol mais qui n’en est pas vraiment un, il y a beaucoup de redites entre les ouvrages sur l’Histoire des couleurs mais cela, Michel Pastoureau ne peut pas l’éviter. Il est impossible de faire une monographie sur une couleur sans aborder les autres. Le noir fonctionne en intéraction plus particulièrement avec le blanc et le rouge dans l’Antiquité ou seulement avec le blanc à partir de l’époque moderne, par exemple.

Au commencement était le noir : des origines à l’an Mil

Depuis le Paléolithique, le noir avec le blanc et le rouge font partie des trois couleurs les plus utilisées. Obtenu grâce à la combustion de végétaux ou de minéraux, le noir de charbon est l’un des premiers pigments utilisés pour la peinture pariétale. Plus tard, la calcination des os ou de l’ivoire mélangés à des liants ainsi que l’emploi de l’oxyde de manganèse donnent des couleurs plus soutenues et intenses et remplacent le noir de charbon.
Dans les sociétés antiques comme la Grèce ou Rome, les couleurs tripartites citées au préalable représentent la société : ainsi, le blanc est associé aux prêtres, le rouge aux guerriers et le noir aux artisans producteurs.
Le noir est ambivalent, il est soit associé à la terre et à la fécondité comme en Egypte (avec la fameuse terre du limon déposée chaque année lors des crues du Nil), soit avec la Mort et les Enfers. Les Chrétiens reprendront d’ailleurs cette symbolique et l’associeront à la Pénitence (Avent, Carême) et aux messes des défunts ou le Vendredi Saint.

Dans la palette du Diable : Xème-XIIIème siècle

Si dans l’Antiquité, le noir était ambivalent, il revêt un aspect beaucoup plus négatif au début du Moyen Age : il est davantage associé aux ténèbres, à la mort, aux Enfers et donc au Diable. Ainsi, Satan et les démons sont souvent représentés de cette couleur à partir du XIème siècle mais aussi par une gamme plus sombre de violet, brun et gris. Ce n’est qu’à partir du XIIIème siècle que le vert et le jaune leur sera associé. Dans l’iconographie, le diable est également accompagné d’un bestiaire de couleur noire comme le loup, l’ours, le bouc, le chat, le corbeau mais aussi l’aspic, le basilic ou le dragon.
Toutefois à partir du XIIème siècle, le noir n’est pas complètement honni :
– ainsi, le noir et le blanc font l’objet d’une querelle entre clunisiens (chronophobes et adepte du noir, symbole de l’humilité et du renoncement) et cisterciens (habillés en blanc qui représente la pureté et la vertu).
– le noir est également utilisé dans l’héraldique au même titre que le jaune (or), le blanc (argent), le bleu (azur), le rouge (gueules) et le vert (sinople). Le mot utilisé pour désigner le noir est sable qui vient du mot slave sabol ou sobol désignant la fourrure de la martre zibeline de couleur sombre.

Une couleur à la mode : XIVème-XVIème siècle

A partir du XIVème siècle, la couleur noire se revalorise :
– si au début du Moyen Age, elle représentait des personnages bibliques négatifs ou traitre comme Judas, au contraire, elle devient positive par la suite. Ainsi, la Reine de Saba ou le mage venu d’Afrique Balthazar sont représentés en noir. Et le culte rendu à Saint Maurice originaire d’Afrique connaît un succès grandissant en Allemagne au même titre que celui de Saint Michel ou Saint Georges.
– la promotion du noir dans les vêtements proviendrait également de la promulgation des lois somptuaires et des règlements vestimentaires en cours en Italie du Nord, au milieu du XIVème siècle. En effet, le patriciat urbain porte du rouge ou du bleu ; or teindre et produire des vêtements de ces deux couleurs coûte cher. Les autorités interdisent donc le port de cette couleur aux bourgeois (notamment les marchands et aux banquiers) pour leur éviter la ruine. Ces derniers réagissent et choisissent le noir pour leur vêtement. Rapidement, d’autres classes commencent à les imiter et c’est à partir du XVème-XVIème siècle que le noir fait son apparition dans les cours princières dont Charles Quint et son fils Philippe II se feront les parangons au XVIème siècle.

Naissance d’un monde en noir et blanc : XVIème-XVIIIème siècle

A partir du XVème siècle, le blanc est directement associé au noir (avant ce n’était pas le cas, l’opposé du blanc était le rouge). A cela deux origines :
– Le développement de l’imprimerie : l’encre noire est imprimée sur du papier blanc et des images en noir et blanc apparaissent dans les livres.
– L’émergence au XVIème siècle des Religions réformées qui font la guerre aux couleurs (chromoclasme). Un nouveau code de couleur basé sur le blanc-gris-noir est recommandé par opposition aux couleurs vives des catholiques (et du Rouge de la Papauté). Le noir devient la couleur de la morale, de la sobriété et de la Foi.
– Enfin, les travaux de Newton au XVIIème siècle sur la dispersion de la lumière blanche et le spectre apportent une nouvelle classification des couleurs dont le noir et le blanc sont exclus. Désormais, elles s’organisent en couleur primaire (rouge, bleu, jaune) et secondaire (orange, violet, vert).

Toutes les couleurs du noir : XVIIIème-XXIème siècle

Un peu oublié au XVIIIème siècle, le noir refait son apparition à partir de la Révolution Française et surtout au XIXème siècle. Elle devient l’apanage des Romantiques et du courant littéraire gothique. Associée à la mélancolie, elle est présente au travers de la nuit, du cimetière, de la prison ou du château en ruine.
Avec le développement industriel du XIXème siècle, le noir est aussi celui du monde ouvrier, de l’usine et du charbon. Les villes se couvrent alors d’une couche de suie, deviennent sales, polluées et enfumées. Les vêtements masculins restent sombres que ce soit ceux des ouvriers (bleu de travail ou gris) ou des élites (brun, noir, vert ou bleu foncé).

Ce noir vestimentaire se veut grave et austère. Il est en partie dû à une véritable éthique du travail qui (…) régit le monde de la banque et de la finance, les cabinets ministériels et la fonction publique, les bureaux administratifs et les officines commerciales. Elle y interdit les couleurs vives ou trop voyantes et, à ses yeux, seul le noir est gage de sérieux et d’autorité. (P. 198-199).

Enfin, à partir du XXème siècle, le noir revêt deux symboliques : dangereuse pour les uns (les chemises noires des fascistes italiens, le mouvement des Black Panthers ou le mouvement punk des années 80-90), moderne et synonyme de l’élégance pour les autres.

En conclusion, l’ouvrage de Michel Pastoureau sur l’Histoire de la couleur noire s’est révélé être aussi passionnant que les autres. Fluide, bien écrit, solide d’un point de vue scientifique, synthétique, vous avez un petit condensé de connaissances faciles à appréhender. Je ne peux donc que vous conseiller sa lecture. Après le bleu, le vert et le noir, je m’attellerai à la couleur rouge.

Autres ouvrages de l’auteur : 

Histoire symbolique de l’Occident (Avis à venir)

Les animaux célèbres 

Bestiaire du Moyen Age (Avis à venir)

Les secrets de la licorne

Le petit livre des couleurs

Bleu, Histoire d’une couleur

Vert, Histoire d’une couleur

Rouge, Histoire d’une couleur

2 réflexions sur “Noir, Histoire d’une couleur de Michel Pastoureau

  1. Sympa ce résumé sur l’Histoire du noir.
    Je me serais attendu à ce que la couleur soit associée au moyen-âge aux peurs de la nuit, des ténèbres qui cachent des choses épouvantables (non, non, je ne parle pas comme Lovecraft)

    Aimé par 1 personne

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