Vie TM (Tome 2) de Jean Baret

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Quatrième de couverture :

Sylvester Staline, citoyen X23T800S13E616, tourne des cubes colorés. Un boulot qui en vaut bien un autre, au fond, et qui a ses avantages. Son compte en banque affiche un solde créditeur de 4632 unités. Et si son temps de loisirs mensuel est débiteur de huit heures, son temps d’amitié restant à acheter est dans le vert. Sans même parler de son temps d’amour : plus de quarante-trois heures ! Une petite anomalie, c’est sûr ; il va falloir qu’il envisage de dépenser quelques heures de sexe…
Mais de là à ce qu’un algorithme du bonheur intervienne ? Merde ! A moins que cela ait à voir avec cette curieuse habitude qu’il a de se suicider tous les soirs ? Il n’y a jamais trop songé, à vrai dire… Sylvester ne le sait pas encore, mais il pourrait bien être le grain de sable, le V de la vendetta dans l’horlogerie sociale du monde et ses dizaines de milliards d’entités. D’ailleurs, les algorithmes Bouddha et Jésus veillent déjà sur lui…

Editeur : Le Bélial

Nombre de pages : 301

Prix : 19,90€ en format papier ou 9,99€ en e-book

Date de publication : 19 septembre 2019

Mon Avis : 

Lors du confinement, les éditions du Bélial (que je remercie au passage) ont participé à l’opération Bol d’air qui consistait à offrir un livre par jour du 21 mars au 10 mai 2020. C’est dans ce cadre-là que je me suis procurée le second tome de la trilogie Trademarks de Jean Baret, Vie TM. Bien qu’il soit dans ma PAL, je n’ai pas encore lu le premier, Bonheur TM mais qu’importe puisque chacun peut se lire indépendamment. Pour ma part, je reste dubitative à l’issue de ma lecture et je ne saurais vraiment dire si je l’ai apprécié ou non.

Une utopie?

– Imaginez une vie dans laquelle vos besoins physiologiques sont comblés au moyen d’une machine : toutes les nuits, vous êtes plongé dans le TED TM qui non seulement vous nourrit, vous lave, vous soigne et vous fait vieillir plus lentement. Vous n’avez donc plus besoin de cuisine, de salle de bains, de toilette, etc…
– Imaginez une vie dans laquelle n’existe plus aucune guerre, ni le droit de propriété car tous les citoyens du monde sont égaux et rien n’a d’importance que leur bonheur. Un bonheur comblé par une répartition du temps équilibré entre le travail, les loisirs, l’amour et l’amitié.
– Imaginez une vie dans laquelle vous n’avez pas besoin de sortir de votre petit cocon de 8m2 car les technologies et les algorithmes vous guident et vous offrent grâce à vos lentilles de contact AugEyes TM des possibilités infinies et virtuelles. Connecté au hub, vous allez pouvoir « rencontrer » tous vos congénères, combler vos fantasmes, vous cultiver, vous détendre, etc…

Cela vous donne envie? Ou pas?

Ou une dystopie?

Le citoyen Sylvester Staline devrait être heureux et pourtant, sans qu’il ne réussisse à en comprendre les raisons, chaque soir, il sort un pistolet de son placard et se tire une balle dans la bouche. Et tous les matins, le même rituel se met en place, il ressuscite grâce à son TED TM.
En réalité, le monde auquel les algorithmes voudraient nous faire adhérer n’est pas aussi idyllique qu’il y parait. Et bien que les points suivants soient un peu exacerbés dans le roman, difficile de ne pas faire un parallèle avec notre société d’aujourd’hui :
La confidentialité et la vie privée sont révolues : chacun peut scanner le code barre tatoué sur le front de ses congénères chauves et tout savoir de leur vie, de leurs loisirs à leurs fantasmes sexuels, à la répartition de leur temps ou du montant de leur salaire (qui leur donne droit à des crédits).
L’injonction à la consommation : des infomercials intempestifs s’introduisent dans le champ de vision des individus contre leur volonté et les faire ainsi consommer leur crédits soit en tarifant une conversation avec un « ami », en s’offrant le dernier jouet sexuel à la mode, en lui faisant voyager virtuellement dans le temps et le faire vivre à l’époque médiévale, par exemple. Rien n’est gratuit dans ce monde.
L’injonction au bonheur : gare à celui qui gère mal la répartition de ses temps de travail/loisir/amour/amitié et qui se retrouve avec un déséquilibre dans ses activités. C’est en effet ce qui arrive à notre Sylvester qui a dépensé tout son temps de loisir au détriment de celui de l’amour. Et gare à celui qui ne respecte pas les règles et se voit puni par un temps de travail d’intérêt général. Car rien ne doit troubler la quiétude de la société, ni le « bonheur » des individus.

L’absurdité comme nouveau mode de vie?

Jean Baret en mettant en relief toute l’absurdité qui émane de cette société, dénonce en réalité les travers de la nôtre :
– Les tâches laborieuses et rébarbatives quotidiennes auxquelles doivent s’astreindre Sylvester et ses comparses (tourner et retourner des cubes de couleur ou relier des points à un autre) ne possèdent aucune finalité et ne leur permettent pas de s’accomplir ni de faire progresser la société dans laquelle ils vivent. Ils gagnent simplement des crédits qu’ils devront par la suite consommer dans le hub.
La société est en manque de renouvellement créatif : dans la société de Sylvester Staline, il n’est pas permis de créer quoique ce soit, les individus doivent se contenter des inventions des sociétés anciennes : les noms des citoyens sont ainsi des parodies de personnalités d’aujourd’hui comme Sylvester Staline, Steven Cigale, Rocky Siffredi ou Baraque Obama. Notre pop culture est désormais une marque déposée comme la Terre du Milieu TM, Star Wars TM ou La petite maison dans la prairie TM.
– Dans cette société absurde, Sylvester Staline devient alors le dépositaire du nihilisme, une doctrine philosophique qui consiste à vouloir détruire la civilisation et qui considère que la vie est vide de sens. Jean Baret fait plusieurs références que ce soit par la thérapie nihiliste choisie au hasard par les algorithmes pour soigner le personnage principal, la répétition de l’expression « sans doute le prend-on pour quelqu’un qui en a quelque chose à foutre » ou la deuxième identité de Sylvester, le prophète Zara Foutra qui fait référence à l’essai de Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.

En conclusion, Vie TM est vraiment très spécial et je ne saurais vraiment pas dire si j’ai apprécié ou non ma lecture. Certes, le roman fourmille d’idées, son univers est construit, il possède un ton ironique et bourré d’humour noir, quant à la fin même si elle est surprenante, elle n’en reste pas moins logique. Mais voilà, certaines scènes m’ont mises mal à l’aise comme celle de la torture d’un prisonnier dans la reconstitution du camp de Guantanamo ou celles liées aux activités sexuelles du personnage principal. Cela ne m’empêchera tout de même pas de poursuivre avec le tome 1, Bonheur TM puisqu’il est dans ma PAL.

Autres avis : 

Celindanae d’Au pays des caves troll

Dionysos du Bibliocosme 

L’épaule d’Orion 

Le chien critique

Les chroniques du chroniqueur

14 réflexions sur “Vie TM (Tome 2) de Jean Baret

  1. Je n’ai pas lu « Vie » parce que ma lecture de « Bonheur » avait justement déjà été émaillée de moments très gênants, avec des scènes qui m’ont mises mal à l’aise… J’ai trouvé le propos passionnant mais la forme colle trop radicalement au fonds.

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