Les secrets de la Licorne de Michel Pastoureau et Elizabeth Taburet-Delahaye

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Quatrième de couverture :

Décrite pour la première fois cinq siècles avant notre ère, la licorne a longtemps intrigué les zoologues, attiré les voyageurs, séduit les artistes et fait rêver les poètes. Mais cet animal composite, qui emprunte une partie de son anatomie au cerf, au bouc, à la jument, voire à l’âne, au lion ou à l’éléphant, existe-t-il vraiment t Jusqu’au début de l’époque moderne, les plus hautes autorités du savoir occidental – Aristote, Pline, la Bible, les bestiaires – ont répondu par l’affirmative ; et les images et les oeuvres d’art ont été nombreuses à la mettre en scène.
Les premiers doutes apparaissent au XVIe siècle, mais ce n’est qu’à l’époque des Lumières que la licorne disparaît des manuels de zoologie. Désormais, seuls les artistes et les poètes lui restent fidèles et en font même, aux XIXe et XXe siècles, l’animal vedette de leur bestiaire onirique et symbolique. La nouvelle présentation au musée de Cluny, à Paris, des célèbres tapisseries de La Dame à la licorne fournit l’occasion de faire le point sur l’histoire de cette créature indomptable, symbole de pureté et de virginité, dont la corne merveilleuse a pour vertu d’annihiler les effets du poison et d’éloigner les forces du mal.

Editeur : RMN (Réunion des Musées Nationaux)

Nombre de pages : 144

Prix : 14,50€

Date de publication : 11 Juillet 2018

Mon Avis :

Début février, nous nous sommes rendus avec mon compagnon à Paris pour aller voir l’exposition Tolkien à la BNF, le samedi et le lendemain, nous en avons profité pour visiter la Sainte Chapelle et le Musée de Cluny. Malheureusement, ce dernier était en travaux mais nous avions quand même pu voir la fameuse tapisserie de la Dame à la Licorne. Évidemment, pas de visite de musée sans passer par la librairie avant de partir et je n’ai pas pu m’empêcher de prendre cet ouvrage surtout quand j’ai vu le nom de l’auteur, Michel Pastoureau.

Au niveau de la forme, l’ouvrage est de belle facture : un format carré au papier épais et glacé avec des photographies en couleur à l’intérieur, son prix est modique au vue de la qualité de l’ensemble. En revanche, j’aurais deux remarques à formuler : la police d’écriture est vraiment très basse (à mon avis, inférieur à 8), ce qui ne facilite pas la lecture et certaines photographies sont parfois décorellées du texte.
En ce qui concerne le fond, j’ai retrouvé la même méthode utilisée par Michel Pastoureau dans ses ouvrages sur l’Histoire des couleurs, à savoir un plan chronologique ce qui est assez facile à suivre. Le propos est toujours aussi bien écrit, clair et vulgarisé. En revanche, j’ai trouvé qu’il y avait parfois beaucoup de redites notamment sur le thème de la chasse à la licorne et du rôle d’une jeune vierge dans sa capture. Enfin, l’auteur passe un peu vite sur la période contemporaine alors qu’il y aurait eu beaucoup plus de choses à dire, je pense.

A la recherche de la licorne antique

Dans l’Antiquité, la licorne n’était pas considérée comme un animal imaginaire (excepté Aristote qui avait des doutes) et ses représentations n’étaient pas fixes. En effet, surnommée monokeros en grec et unicornis en latin en raison de sa corne unique sur le front, elle pouvait revêtir plusieurs apparences : celle d’un âne provenant d’Inde selon Ctésias au Vème siècle avant J.-C., celle d’un corps de cheval et une tête de cerf selon Pline l’Ancien au Ier siècle après J.-C. ou celle d’une chèvre selon le Physiologos, sorte de traité d’Histoire naturelle datant du IIIème siècle. Elle est considérée comme un animal violent, intrépide et furtif qui se sert de sa corne unique pour éventrer ses adversaires.

Le temps des bestiaires 

A partir du XIème siècle, les bestiarum (« Livre des bêtes) commencent à faire leur apparition et rencontrent un franc succès aux XII-XIIIème siècle. Il s’agit d’un ouvrage décrivant les principales caractéristiques des animaux afin d’en tirer des principes moraux ou religieux tout en s’appuyant sur la Bible. La licorne est ainsi largement représentée dans ses bestiaires. Là encore, son apparence n’est pas fixe et peut varier. Originaire d’Inde, elle est sauvage, vit retirer des humains et des autres animaux et elle aurait comme principale propriété de purifier une source empoisonnée en plongeant sa corne unique dans l’ondée. Pour pouvoir la chasser, il faut ruser et se servir d’une d’une jeune vierge pour l’attirer.

Tous les bestiaires s’accordent sur cette façon de chasser l’animal, déjà mentionnée par le Physiologos et sur la symbolique qui s’y rattache : la licorne, c’est Jésus Christ ; la jeune fille, c’est la Vierge ; son giron, c’est la Saint Église, refuge des fidèles ; les chasseurs haïssables représentent les païens, les Juifs, les hérétiques et tous les ennemis du Christ. (P. 40)

La relique et l’emblème

La licorne n’est toujours pas remise en question au Moyen Age et son absence en Occident est expliquée par le fait que l’animal se laisserait mourir en captivité. Seule preuve de son existence : sa corne unique qui possèderait des propriétés curatives contre des maladies ou de détecter le poison et de l’en guérir. Il s’agit dès lors d’un objet précieux et convoité, présent dans les trésors des églises, des abbayes ou des princes. En vérité, il s’agit surtout d’une dent de nerval et cet animal présent au nord de l’Europe fait l’objet d’un intense trafic, aux XV-XVIème siècles.
A la même époque, l’iconographie de la licorne se fixe : elle se féminise et possède des caractéristiques entièrement positives. Elle possède l’apparence d’une cheval, est entièrement blanche avec une petite barbichette et une corne unique torsadée sur son front.

La Dame à la Licorne

La représentation la plus emblématique de l’animal est probablement l’ensemble des six tapisseries appelé celui de la Dame à la Licorne. Datant de la fin du XVème siècle, il s’agit à l’origine d’une commande de la famille Le Viste pour marquer leur prestige et leur ascension sociale (du milieu artisan à la noblesse de robe). Il existe plusieurs interprétations de ces tapisseries mais toutes s’accordent à dire que cinq d’entre elles représentent les cinq sens :

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Le Goût : la Dame prend une friandise dans la coupe tendue par sa suivante.
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Le Toucher : la Dame touche la corne de la licorne
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L’Odorat : exacerbé par la présence de fleur odoriférantes
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La Vue : la licorne observe son reflet dans le miroir tendu par la Dame
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L’Ouïe : La Dame joue d’un instrument de musique
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« A mon seul désir »

La dernière tapisserie « A mon seul désir » est sujette à diverses interprétations :
– soit, elle posséderait un sens spirituel et serait l’allégorie du renoncement et de la maîtrise de soi en ayant l’ascendance sur les cinq autres sens.
– soit, elle revêtirait un sens plus profane et serait une métaphore de la quête amoureuse, la licorne représentant alors l’amant.

Le déclin d’un mythe

A partir de la fin du XVIème siècle, l’existence même de la licorne est remise en question par les scientifiques de l’époque : André Thevet dans sa Cosmographie universelle en 1575 affirme qu’elle n’existe pas ; en revanche, le médecin Ambroise Paré reste plus prudent mais remet en question les pouvoirs thaumaturgiques de sa corne. Dans les siècles suivants, même si certains s’insurgent encore contre cette idée, plus personne ne croit vraiment plus à l’existence de la licorne. Il faudra attendre le XIXème siècle et les études naturalistes de Buffet pour que l’animal soit définitivement relégué dans le domaine de l’imaginaire. Les artistes symbolistes comme Gustave Moreau vont s’en emparer et elle va faire son apparition dans la littérature comme les Contes de Grimm ou De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll.

Juste pour le fun, je vous mets la conclusion de Michel Pastoureau qui ne semble pas beaucoup apprécier les Littératures de l’Imaginaire : comme quoi, personne n’est parfait! 😉

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Conclusion de l’ouvrage Les secrets de la licorne (p. 132)

Pour conclure, par rapport aux ouvrages sur l’Histoire des couleurs que j’avais lus précédemment, j’ai trouvé Les secrets de la licorne un peu en dessous : bien qu’il bénéficie d’un très beau format avec photographies en couleur et papier glacé et bien que le style d’écriture soit toujours aussi fluide et clair, j’ai trouvé que les nombreuses redites et la fin un peu lapidaire nuisaient un peu à l’ensemble. Rien de grave non plus car l’ouvrage se veut intéressant mais ce n’est pas mon préféré de Michel Pastoureau. Du coup, j’en espère un peu plus de ma prochaine lecture du Bestiaire du Moyen Age. 

Pour compléter le sujet, vous pouvez également consulter un article très intéressant sur France Culture.

Histoire symbolique de l’Occident (Avis à venir)

Les animaux célèbres 

Bestiaire du Moyen Age (Avis à venir)

Le petit livre des couleurs

Bleu, Histoire d’une couleur

Vert, Histoire d’une couleur

Noir, Histoire d’une couleur

Rouge, Histoire d’une couleur

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