Rouge de Pascaline Nolot

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Quatrième de couverture : 

Accroché au versant du mont Gris et cerné par Bois-Sombre se trouve Malombre, hameau battu par les vents et la complainte des loups. C’est là que suivit Rouge, rejetée à cause d’une particularité physique. Rares sont ceux qui, comme le père François, éprouvent de la compassion à son égard. Car on raconte qu’il ne faut en aucun cas toucher la jeune fille sous peine de finir comme elle : marqué par le Mal.
Lorsque survient son premier sang, les villageois sont soulagés de la voir partir, conformément au pacte maudit qui pèse sur eux. Comme tant d’autres jeunes filles de Malombre avant elle, celle que tous surnomment la Cramoisie doit s’engager dans les bois afin d’y rejoindre l’inquiétante Grand-Mère. Est-ce son salut ou bien un sort pire que la mort qui attend Rouge ? Nul ne s’en préoccupe et nul ne le sait, car aucune bannie n’est jamais revenue…

Editeur : Gulf stream

Nombre de pages : 320

Prix : 17,00€

Date de publication : 28 Mai 2020

Mon Avis : 

Vous commencez à connaître mes goûts maintenant et vous savez probablement que je ne suis pas très fan du genre Young Adult. Pourtant, trois autrices font exception dans mes lectures : Nadia Coste (Le Premier), Cindy Van Wilder (Les Outrepasseurs ou Memorex) et Pascaline Nolot. C’est la raison pour laquelle j’ai sélectionné Rouge dans la Masse critique Jeunesse et Young Adult de Babélio que je remercie au passage ainsi que les éditions Gulf stream pour l’envoi de ce Service Presse. De Pascaline Nolot, j’avais lu et beaucoup aimé ses deux parutions Jeunesse, aux éditions du Chat noir : Les larmes de l’araignée et Les orphelins du Sommeil. Rouge destiné aux plus de 15 ans est plus sombre mais m’a également beaucoup plu.

Rouge est une jeune fille de treize ans qui tire son nom d’une déformation physique. En effet, la moitié de son corps est recouverte par une tache de naissance cramoisie et elle possède une boursouflure au niveau de l’arcade sourcilière. Les habitants de son village Malombre la rejettent en raison de son apparence qu’ils jugent monstrueux et l’accusent d’être le fruit des relations adultères entre sa mère et un démon. Pire sa génitrice serait à l’origine d’un pacte qui pèse sur le village : lorsqu’une jeune fille a ses premières règles, elle doit quitter Malombre pour rejoindre la Grand Mère qui vit dans les bois. Mais nul ne sait ce qu’il advient d’elles par la suite.
Les villageois sont alors soulagés car Rouge ne devrait pas tarder à les quitter et avec elle, ils ont l’espoir que la malédiction prendra fin. Personne ne la regrettera, sauf peut-être le prêtre François qui l’a protégée pendant son enfance et son unique ami couvé par sa mère mais à la beauté solaire, Liénor.

La réécriture d’un conte…

Rouge est la réécriture du Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault et des Frères Grimm : les personnages principaux du conte sont présents comme la petite fille couverte de son chaperon rouge, la Grand-mère, le Chasseur (présent seulement dans la version des Frères Grimm) et le Loup ainsi que quelques éléments de l’intrigue comme la promenade en forêt avec le panier rempli de victuailles pour rejoindre la Grand-mère, dans sa maison isolée. Pascaline Nolot se réapproprie le conte original et en change complètement les paradigmes. Oubliez ce que vous croyez savoir et méfiez-vous des apparences : la grand-mère n’est pas aussi bienveillante que l’on pourrait croire, le chasseur n’est pas le héros que l’on connaît et le loup, pas aussi mauvais qu’il n’y paraît! Seul Rouge conserve son rôle d’héroïne puisque Pascaline Nolot renoue avec les toutes premières versions du conte (Notamment celle d’Egbert de Liège¹, De puella a Lupellis – La petite fille sauvée des louveteaux) dans lequel le Petit Chaperon Rouge prend son destin en main et se sauve elle-même.

… dur et violent…

Dès les premières pages du livre, le ton est donné puisqu’une femme se fait dévorer vivante par des loups! Et je peux vous dire que je ne m’y attendais pas du tout! Certains passages sont assez difficiles et violents. Cette violence est d’ailleurs symbolisée par l’omniprésence de la couleur rouge que ce soit sur la couverture (le titre, la quatrième de couverture et la gouttière sont de cette couleur) mais aussi dans le texte.

  • Rouge est victime de harcèlement moral de la part des villageois et le champ lexical de cette couleur est très développé : ainsi, Rouge est surnommée de « Cramoisie », « la Rougeaude », « L’empourprée », etc… De part, sa tâche de naissance qui lui recouvre la moitié du corps, Rouge est ainsi mise à l’écart du village, insultée, on la dit porteuse d’une malédiction (si on la touche, on risque de devenir rouge comme elle), elle aurait été lynchée plusieurs fois si la jeune fille n’avait pas été sous la « protection » du prêtre François.
  • Le rouge est également la couleur du sang perdu lors des premières règles (Dans le cadre de la malédiction qui pèse sur le village, chaque jeune fille qui a ses premières règles doit partir et rejoindre la Grand-mère qui habite dans les bois : elles sont donc « punies » et condamnées à l’exil. Cela m’a fait penser que dans certains coins reculés du Népal, certaines femmes doivent quitter leur domicile pendant leur règle car elles sont considérées comme « impures »). Ou la couleur rouge représente aussi le sang versé lors de meurtres rituels (ceci m’a rappelée la Comtesse Elizabeth de Bathory qui au XVIème siècle, en Hongrie, a été tristement célèbre pour avoir séquestré et tué des jeunes filles. Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler une partie de l’intrigue).
  • Enfin, le roman aborde le viol (subi par la mère de Rouge) et d’une tentative de viol sur le Petit Chaperon Rouge. J’aurais l’occasion d’y revenir dans la dernière partie.

… mais qui est au coeur de débats actuels.

Enfin, Pascaline Nolot possède un parti pris très fort et son roman s’en fait l’écho. J’en ai déjà parlé dans ma première partie mais Rouge est un ouvrage féministe :

  • Les femmes prennent leur destin en main : Rouge reprend le contrôle de sa vie non seulement en découvrant son passé et celui de sa mère mais aussi grâce à l’éducation par les livres qui lui donnent des connaissances sur les plantes et elle apprend à se défendre seule (par l’apprentissage du tir à l’arc ou de la magie).
  • Le roman dénonce aussi les violences faites aux femmes et on ne peut pas dire que les hommes aient le bon rôle (d’ailleurs, si je dois faire une seule critique sur ce roman, je regrette qu’il n’y ait pas un seul personnage masculin qui soit positif) : deux sont des violeurs (ils n’admettent d’ailleurs pas qu’ils le sont puisqu’ils rejettent la faute sur les femmes) tandis que les autres sont lâches (L’aubergiste a abandonné sa femme quand elle est tombé malade).
  • Enfin, je voulais juste terminer sur une petite phrase glissée à la fin du roman qui n’a l’air de rien comme cela mais qui répond à la polémique débutée par J.K. Rowling  sur la transsexualité et sur le rapport entre sexe et genre.

« L’absence d’épanchement rubis entre ses cuisses ne lui posait point trop souci. Ce n’était pas la physiologie qui définissait une femme… » (p. 311).

En conclusion, j’ai beaucoup aimé le roman Rouge qui est une relecture du conte du Petit Chaperon Rouge. Certes, cette nouvelle version possède quelques scènes difficiles (meurtres, viol, tentative de viol, harcèlement moral, etc…) mais par ce biais, ne dénonce-t’il pas aussi les travers de notre société tout en s’inscrivant dans les débats actuels (féminisme et le mouvement #metoo, la lutte contre le patriarcat et la culture du viol, la transphobie, etc…)? Rouge est un roman fort et engagé que je ne peux que recommander.

¹ Je vous invite à consulter à ce sujet l’ouvrage Rouge, Histoire d’une couleur de Michel Pastoureau.

S’appuyant sur plusieurs traditions orales, il [Egbert de Liège] met en vers pour ses jeunes élèves l’histoire édifiante d’une petite fille vêtue de rouge qui traverse les bois et est miraculeusement épargnée par de jeunes loups affamés. Ce qui la sauve, c’est à la fois son courage, sa sagesse et la petite robe de laine rouge que son père lui a offerte. (P. 141)

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6 réflexions sur “Rouge de Pascaline Nolot

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