Les filles des marins perdus de Teresa Radice & Stefano Turconi

Quatrième de couverture : 

Les choses sont immenses ou ridicules selon la façon dont on les regarde, Monsieur Burden… Le diamant n’était qu’une pierre comme les autres jusqu’à ce que l’homme lui attribue une valeur.

Editeur : 

Nombre de pages : 126

Prix : 17,00€

Date de publication : 9 Septembre 2020

Mon Avis : 

J’avais déjà eu en 2016 un énorme coup de coeur pour Le port des marins perdus des mêmes auteurs. Il s’agissait d’un gros mastodonte de 306 pages aux dessins en noir et blanc. Aujourd’hui, Teresa Radice et Stefano Turconi reviennent avec un spin off, Les filles des marins perdus qui peut se lire indépendamment du premier. Si cet opus fait moitié moins de pages que le précédent, sachez que les dessins sont colorisés et qu’il s’agit d’un premier tome. Bien que je n’ai pas eu de coup de coeur cette fois, j’ai toutefois très apprécié ma lecture.

Le récit se déroule dans la ville portuaire anglaise de Plymouth en 1810, soit trois ans après les évènements du Port des Marins perdus. Les héroïnes de ce tome sont les prostituées de la maison close Pillar to post qui accueille une clientèle plutôt aisée du port, principalement des officiers de la marine. La bande dessinée se divise en deux parties et suit le format d’un récit choral :

  • La première s’intéresse à June, une prostituée qui s’est prise d’amitié pour le géant maori, Tane. Ce dernier vient tout juste d’être embauché par la maison close afin de maintenir l’ordre et faire en sorte que les clients ne créent ni de débordements ni ne constituent une menace pour les filles.
  • La seconde suit les aventures d’une seconde prostituée Lizzie qui s’est amourachée d’un jeune aristocrate indigent et plus intéressé par les sciences que par la bagatelle.

La colonisation anglaise en Nouvelle-Zélande

Si la première partie consacrée à June permet de présenter les personnages principaux et sert d’introduction à la bande dessinée, elle dénonce également les affres de la colonisation anglaise en Nouvelle Zélande aux XVIIIème-XIXème siècles. En effet, le maori Tane a servi de guide à l’explorateur scientifique Gordon Gray (personnage probablement inspiré du vrai explorateur Barnet Burns) puis a accepté de le suivre en Angleterre par curiosité. Mais lors du voyage de retour, le navire Cormoran est attaqué par des pirates : le professeur Gray est tué et Tane perd son bras droit. Sitôt arrivé en Angleterre et sans protecteur, le Maori est abandonné à son propre sort. Il se présente alors au Pillar to post pour vendre ses derniers effets personnels et pouvoir payer ainsi son voyage de retour jusqu’à ses terres natales. Parmi ces objets, des bijoux maoris et une tête tatouée et momifiée appelée Mokomokai (A ce sujet, je vous conseille d’ailleurs la lecture d’un article de blog du Bizarreum très intéressant). A l’origine, ce rituel était destiné soit aux chefs de tribus, soit aux ennemis. Mais devant l’engouement des Européens (les Pakeha) pour ces têtes momifiées, les Maoris ont organisé un véritable trafic et ont vendu des Mokomokai issus d’esclaves capturés contre des armes à feu. Ce commerce a eu des conséquences désastreuses sur la culture maorie à commencer par des guerres entre tribus et la perte de sens du rituel du Mokomokai. Enfin, Tane est également victime de racisme de la part des Anglais que ce soit au travers des insultes qu’il reçoit de leur part ou son arrestation arbitraire.

(Page 9)

Un second récit très austenien

Difficile de lire la seconde partie sans penser au roman de Jane Austen, Orgueil et Préjugés! A commencer par le nom de la prostituée Lizzie qui est une référence directe au personnage d’Elizabeth Bennet surnommée également Lizzie par sa famille. Les deux histoires présentent également des similitudes : la rencontre entre un jeune homme de l’aristocratie et une roturière de plus basse extraction, les bals, la présence d’une vielle tante très riche et la concurrence entre deux aristocrates : le fiancé de Lizzie juste et généreux, le second plus dépensier et égoïste. Lizzie a fait la connaissance de Jérémy Gray, le fils de l’explorateur dans la première partie lorsqu’elle doit lui remettre le journal et les travaux de son père. Très vite, elle tombe amoureuse de ce jeune homme plus intéressé à vrai dire par ses recherches scientifiques que par le physique de la jeune fille. Toutefois, Jérémy n’est pas insensible non plus à l’intérêt porté par la demoiselle sur ses travaux. Cette partie possède beaucoup d’humour d’ailleurs et est beaucoup plus légère que la précédente. Toutefois, le seul petit bémol que j’aurais est la décision de la tante que je ne trouve pas du tout crédible dans le contexte d’une Angleterre géorgienne.

(Page 83)

En conclusion, j’ai beaucoup apprécié ce spin off : les dessins sont toujours aussi agréables à regarder (même si j’ai une petite préférence pour la version en noir et blanc du Port des Marins perdus) et les personnages sont également très bien croqués et sont attachants. Quant au récit, contrairement au Port des Marins perdus qui possédait une dimension fantastique, il est plutôt bien ancré au contexte historique du début du XIXème siècle notamment dans sa première partie (avec la colonisation anglaise de la Nouvelle-Zélande et ses conséquences) ou littéraire dans la seconde (avec l’hommage au roman Orgueil et préjugés de Jane Austen). Pour ma part, je continuerai avec grand plaisir la suite et je suis très curieuse de découvrir l’histoire de Cinnamon, la prostituée effrontée d’origine indienne.

Autres avis : 

Le Bibliocosme (Boudicca)

4 réflexions sur “Les filles des marins perdus de Teresa Radice & Stefano Turconi

  1. Tout à fait le même ressenti de mon côté 🙂 J’ai trouvé la lecture très plaisante, les dessins également, même si ça n’égale pas « Le port des marins perdus ». Je suis curieuse d’en connaitre aussi un peu plus sur le capitaine et sa mysérieuse mission.

    Aimé par 1 personne

  2. Je viens de le finir justement. Tout à fait d’accord avec toi. Légèrement moins emballé par la 2e histoire, mais je n’ai pas tes références en matière de romans de Jane Austen. Enfin, c’est clair que la décision finale de « Tantine » peut faire au moins hausser un sourcil. 😀

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s