Tigane de Guy Gavriel Kay

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Quatrième de couverture : 

Depuis ce jour fatal où son fils bien-aimé fut tué, Brandin d’Ygrath ne vit plus que pour sa vengeance.
Il ne lui suffit pas que Tigane soit rayée de la carte, il faut aussi que tous les natifs de la cité meurent à leur tour. Qui peut contrer le tyran ? Alessan, le prince héritier, engagé dans la résistance sous le masque d’un ménestrel ? Dianora ? Originaire de tisane, elle s’est juré de le tuer, mais elle a un désir profond de cet homme. Alberico, le sorcier, avec qui Brandin partage le pouvoir ? A la seule évocation de Tigane, des forces obscures s’affrontent.
Ce grand roman d’aventures, somptueuse métaphore sur l’impérialisme et l’occupation, évoque la douloureuse expérience de l’exil en son propre pays et de la perte de son identité culturelle.

Editeur : J’ai Lu

Nombre de pages : 645

Prix : 10,40€

Date de publication : 9 Octobre 2007

Mon Avis : 

Cela faisait un moment déjà que je devais découvrir la plume de Guy Gavriel Kay (c’était d’ailleurs l’un des objectifs de cette année!) car étant passionnée d’Histoire et de Fantasy historique, je ne pouvais décemment pas passer à côté! Profitant du challenge du Petit Lutin en ma faveur et de la Lecture Commune avec ce même Lutin et Elhyandra, je me suis lancée dans Tigane dont le contexte est inspiré de la Renaissance italienne. Malheureusement, j’avais des attentes un peu trop élevées par rapport à ce roman et je suis sortie déçue de ma lecture.

En dehors de ses anciens habitants, tout le monde a oublié le nom de la province de Tigane. En effet, vingt ans auparavant, une guerre a éclaté : les deux rois-Sorciers, Brandin d’Ygrath et Albérico de Barbadior ont annexé le territoire de la Palme constitué de neuf cités-états dont Tigane. Mais au cours de l’offensive, le fils de Brandin est assassiné et ce dernier fou de douleur décide alors de punir le peuple responsable : leur Roi Valentin est tué à son tour au cours de la bataille près du fleuve Deisa, un puissant sortilège d’oubli est lancé contre eux et le nom de leur province est changé par le sobriquet de Basse-Corte.
Vingt ans après, seuls les anciens habitants de Tigane se souviennent encore de leur identité culturelle : leurs propres enfants, leurs voisins ou leurs envahisseurs l’ont oublié. Mais, un homme décide de se battre et de résister : le Prince Alessan, le fils du Roi Valentin.

Un roman de Fantasy historique?

C’est une question que je me suis maintes fois posée au cours de ma lecture. En effet, étant donné que j’avais lu par ailleurs que Tigane était inspiré de la Renaissance italienne, je m’attendais donc à un contexte historique à la Gagner la Guerre de Jean-Philippe Jaworski. Or, c’est un peu plus complexe que cela.

  • Il est vrai que la géopolitique du roman rappelle celle du XIIIème-XVème siècle de l’Italie médiévale : à l’instar de la Palme morcelée en neuf cités-Etats, l’Italie était divisée elle aussi en micro-territoires dirigés par des villes comme Milan, Florence, Pise, Rome, Naples, etc… Et ces dernières connaissaient non seulement des dissensions internes (le gouvernement était disputé entre le parti du Popolo composé de bourgeois et celui des grandes familles aristocratiques) mais aussi avec leur voisine (Florence a longtemps et en guerre contre Pise par exemple). Surtout, ces petits territoires subissaient également la pression des grandes puissances monarchiques voisins comme le Saint Empire Romain Germanique, les Royaumes de France et d’Espagne qui n’hésitaient pas à les envahir et à les annexer (les Germains en Lombardie ou les Espagnols à Naples par exemple). On peut alors faire le parallèle avec la Triade présente dans Tigane et composée des Barbadiens, des Ygratiens et des Kharduns.

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    Carte du contexte géographique de Tigane avec la Palme au sud et les trois envahisseurs au nord
  • J’avais pas mal d’attentes vis à vis de ce roman et malheureusement, ma lecture ne les a pas comblées. En effet, lorsque je songe à la Renaissance Italienne, je m’attends davantage à retrouver les aspects économiques, sociaux, culturelles, artistiques et techniques de cette période. Or, cela n’a pas été le cas dans le roman. Et on a eu un débat entre le Lutin et moi à ce sujet. Finalement, je pense qu’elle a raison sur le fait que l’auteur avait davantage l’idée de faire réfléchir son lecteur sur les sujets de l’identité culturelle ou du devoir de mémoire. Il a donc sciemment effacé tous les aspects socio-culturels car ces derniers ont été anéantis par le sortilège d’oubli de Brandin d’Ygrath.

… auquel je n’ai malheureusement pas accroché…

Sincèrement, si je n’avais pas lu ce roman en LC avec mes deux Blogopotes, j’aurais abandonné au bout d’une centaine de pages. En cause, deux raisons principales m’ont complètement sortie du texte :

  • Je n’ai absolument pas accroché au style d’écriture. J’ignore si le problème vient de l’auteur ou de la traduction du texte. Mais la première partie a été une véritable gageure! En effet, les phrases étaient extrêmement longues (4-5 phrases parfois) avec des lourdeurs dans les expressions ou dans le texte. Bref, cette entrée en matière a été très déplaisante pour moi. Heureusement, cela s’améliore par la suite.
  • Le roman est également ponctué de longueurs interminables. En effet, d’habitude, j’apprécie lorsqu’un auteur distille tout au long de son intrigue des petits détails sur le contexte, l’histoire des personnages, etc… Cela permet de donner de la vie à un roman. Mais, là vraiment c’était trop, au point que j’ai lu de nombreux chapitres en lecture rapide (notamment les chapitres 10 à 12) car certains passages m’ont semblé insignifiants et n’ont rien apporté à l’intrigue.

… mais qui possède des qualités indéniables.

Enfin, bien que je n’ai pas accroché à ce roman, je lui reconnais toutefois des qualités et je peux tout à fait comprendre que nombre de blogopotes aient eu un coup de coeur pour lui :

  • Les personnages sont très bien travaillés. Hormis Albérico de Barbadior qui est un parfait psychopathe et rentre dans le stéréotype du « méchant très très méchant », les autres sont davantage nuancés. Mon personnage préféré a été Brandin d’Ygrath : s’il a massacré un grand nombre d’habitants de Tigane en raison de la mort de son fils, il est aussi un souverain intelligent et cultivé. Il n’est pas attiré par le pouvoir pour le pouvoir. Après lecture de la postface, rien d’étonnant au fait que je l’ai apprécié puisque Guy Gavriel Kay avoue s’être inspiré des Médicis et des Borgia pour le composer!
    Je citerais également le Prince Alessan qui s’il souhaite libérer son peuple du sortilège d’oubli passe par des moyens peu recommandables pour arriver à ses fins.
    Enfin, je terminerai par le personnage très humain de Dianora : elle a intégré le saishan (sorte de harem) de Brandin uniquement pour le tuer mais elle tombe finalement amoureuse de lui. Elle est alors tiraillée entre son amour pour Brandin et celui de son peuple.
  • L’intrigue malgré toutes ses circonvolutions est également bien travaillée. Il s’agit d’un roman choral (d’habitude, j’adore ce style de narration!) qui donne la parole à de nombreux personnages (Devin, Alessan, Baerd, Dianora, Brandin, Albérico, etc…) ce qui permet d’aborder différents territoires de la péninsule de Palme mais aussi différents groupes sociaux (des paysans en passant par les artistes itinérants ou l’aristocratie). De plus, les rebondissements inattendues ou les révélations permettent de donner un peu de dynamisme au récit en dépit des longueurs décrites ci-dessus!

En conclusion, la question de savoir si Tigane appartient vraiment au genre de la Fantasy historique mérite d’être posée. S’il est vrai que la géopolitique de la péninsule de la Palme s’inspire de l’Italie médiévale et de la Renaissance, en revanche, les aspects socio-culturels manquent. Je n’ai vraiment pas accroché au récit ni à m’y plonger dedans en raison du style d’écriture et des longueurs parsemées dans le texte. Toutefois, je reconnais que le roman possède des qualités indéniables que sont les personnages nuancés et l’intrigue aux multiples rebondissements. Je comprends donc pourquoi certains blogopotes aient éprouvés un coup de coeur pour ce roman, ce qui est loin d’être le cas pour moi. Je fonde désormais beaucoup d’espoirs sur les Lions d’Al-Rassan dont la lecture devrait débuter le mois prochain.

Autres avis : 

AlbédoAvis 1 et Avis 2

Boudicca

Elhyandra

22 réflexions sur “Tigane de Guy Gavriel Kay

  1. Pour une fois que nous sommes en désaccord ! 😉 Je comprends tout à fait tes arguments cela dit, et, ma lecture datant d’il y a longtemps, il faudrait que je le relise pour me refaire un avis plus précis (je crois que c’est le 1er Kay que j’ai lu, du coup j’ai beaucoup d’affection pour lui ^^)

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  2. Comme toi, je suis un passionné d’histoire et de fantasy qui a découvert GG Kay sur le tard, en l’occurrence avec « Les lions d’Al-Rassan » lu cet été. Et d’après ce que tu dis de « Tigane » (que je n’ai pas lu, donc), il semble que celui-ci possède peu ou prou les qualités et les défauts des Lions d’Al-Rassan… Attention donc à ne pas fonder trop d’espoirs sur ce dernier, au risque d’être une nouvelle fois déçue !

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  3. Pour moi, on ne peut pas totalement rapprocher Tigane des romans de Fantasy Historique plus typiques de Kay. Je pense que ce n’est pas la porte d’entrée idéale dans son oeuvre. Il aurait mieux valu commencer par Al-Rassan ou les Chevaux célestes. Concernant le style, il faut se méfier, les premières traductions en français (celles signées Elizabeth Vonarburg, principalement) sont si mauvaises que l’Atalante fait tout retraduire pour ses rééditions (Voile vers Sarance, qui vient de sortir, par exemple). C’est pareil, tu me diras si tu vois une différence quand tu liras un de ses bouquins traduit par Mikael Cabon qui, de mon point de vue, est bien meilleur traducteur.

    Concernant les longueurs / le rythme lent, là, par contre, c’est plus ou moins typique de Kay. Sarance, les Chevaux ou le Fleuve céleste sont comme ça, les Lions d’Al-Rassan moins. Tout compte fait, c’est probablement par ce dernier qu’il faut commencer.

    Mais bon, pour ma part, je suis un grand fan, et pour l’instant, même si je n’ai pas tout lu, ça a été la baffe à chaque fois, notamment au niveau des personnages, qui sont une merveille, sans doute parmi les meilleurs qu’il m’ait été donné de lire en Fantasy. Je suis dans Voile vers Sarance pour le Bifrost 97, et je reste frappé par leur crédibilité, leur côté vivant, multi-dimensionnel, évolutif, etc.

    En tout cas, c’est une excellente critique, expliquant, point par point, en nuançant et en détaillant quel est ton profil de lectrice et tes attentes, ce qui t’a plu ou pas dans ce roman. Un modèle du genre. Bravo 😉

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    1. Oh merci beaucoup, Apo ! Je me suis posée la question pour la traduction justement. Tu confirmes ce que je soupçonnais, une nouvelle traduction par l’Atalante. Malheureusement pour les Lions, je vais avoir une publication datant de 10 ans. Donc, je ne saurai te dire.

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  4. Une critique bien argumentée.
    Je dois te préciser que j’ai la version papier dernièrement publiée par L’Atalante. Je n’ai pas eu ce sentiment de phrases lourdes dans cette nouvelle traduction. L’impact doit être sensible car, avec Kay qui développe pas mal ses univers, il faut du travail de précision pour rendre la poésie du texte VO.
    Les Lions je les ai lu dans la nouvelle traduction également. 😉

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  5. Ma pauvre Ael, je sens que la LC sera un long sacerdoce pour toi xD lol. Non honnêtement, j’espère que tu apprécieras beaucoup plus les prochaines lectures de Kay. Mais en tout cas cette chronique m’aura permis de ne pas fonder trop trop d’espoir sur l’oeuvre de Kay en général, car j’ai du mal avec les histoires lentes, mais les worldbuildings peuvent être un plus mais il faut peut-être avoir quelques bases plus ou moins solides dans notre propre Histoire pour pouvoir établir des parallèles avec la fiction. Belle chronique en tout cas !

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    1. Merci beaucoup. Pour ma part, je ne suis pas sûre de classer ce roman en Fantasy historique même s’il s’inspire de l’Italie de la Renaissance. Honnêtement, je ne suis pas certaine qu’un lecteur ait foncièrement besoin d’un bagage historique pour pouvoir suivre ce type de Fantasy. C’est sûr que c’est un plus, mais le récit peut se suivre sans bagage. Après, fais-toi ta propre idée. Pour ma part, cela n’a pas fonctionné mais ce n’est pas la tendance générale sur ce roman. Vivement Les lions d’Al-Rassan. On débute le 1er novembre, si tu veux te joindre à nous, n’hésite pas. Il y a une page FB dédiée.

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  6. Je n’ai pas pu vous accompagner pour cette première LC, mais adorant la période historique de la Renaissance, j’aurais peut-être été un peu désappointée également ^^
    Bon, je vous rejoindrai pour mon baptême du feu GGK avec Les Lions d’Al-Rassan, dans l’édition traduite par Élisabeth Vonarburg, alors à bientôt 😉

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      1. Devant la 4ème partie, là j’ai un peu bossé chronique, mis mes partages à jour et fini ma lecture parallèle, je suis en train de rattraper mon retour chez les copains mais c’est compliqué faut qu’ils arrêtent de lire lol

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