Les flots sombres (Tome 2) de Thibaud Latil-Nicolas

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Quatrième de couverture : 

Les Chevauche-Brumes ont déserté les légions royales du Bleu-Royaume pour aller traquer les créatures maléfiques issues du brouillard noir : désormais dispersées aux quatre coins du monde, elles attaquent les populations civiles sans défense. Tandis que les réfugiés affluent à Antinéa, la capitale, et exacerbent les rivalités entre le régent du royaume et le clergé d’Enoch, sur mer, un monstre terrifiant fait des ravages parmi les navires.
Les anciens de la neuvième compagnie pourront-ils faire face à tous ces périls ?

Editeur : Mnémos

Nombre de pages : 346

Prix : 21,00€

Date de publication : 15 Mai 2020

Mon Avis :

J’avais lu le premier tome Chevauche-brume, à l’occasion de la venue de Thibaut Latil-Nicolas dans ma librairie préférée en octobre dernier. Si j’avais globalement apprécié ma lecture, j’avais eu néanmoins quelques réserves sur les personnages féminins et des ressors scénaristiques un peu classiques. Je ne savais donc pas encore si j’allais poursuivre ou non la trilogie. Et finalement, je suis très heureuse que les éditions Mnémos (que je remercie au passage) me l’ait envoyé en service presse car je serais passée à côté d’un énorme coup de coeur!

Léandrès péchait tranquillement dans les eaux de la Biscale au sud de Bleu-Royaume lorsqu’une énorme bête marine faillit renverser sa frêle embarcation. Mais, le monstre le délaissa bien rapidement et fonça droit vers un vaisseau plus grand, La Roussette. En une fraction de seconde, cette dernière fut entièrement détruite et ses marins tués. Seul un naufragé survécut et fut sauvé par le pêcheur : le commandant en second, Ophélie. Dès son retour au port de Gide, la jeune femme persuade l’exarque de Biscale de lui confier un autre navire afin de prendre en chasse le monstre.
Au nord de Bleu-Royaume, des créatures maléfiques, les mélampyges ne sont plus retenues par un sortilège et se répandent au sud provoquant non seulement la destruction des villages mais l’exode massif de réfugiés vers la capitale Antinéa. Les anciens soldats de la Neuvième compagnie du Roy ont alors quitté leur rang pour former la nouvelle troupe des Chevauche-brumes jurant de combattre les bêtes malfaisantes et de protéger les habitants de Bleu-Royaume. Mais, cette initiative n’est pas au goût de tous : si le régent Poltrick de l’Escoit est plutôt reconnaissant, d’autres comme le sénéchal Druon voit en les Chevauche-brumes des agitateurs. Pire, le seigneur-cardinale Juxs les considère comme des impies et se jure de les mettre hors d’état de nuire…

Un style d’écriture précis et finement ciselé

Dans Chevauche-brumes, j’avais déjà mis en valeur le fait que le style d’écriture de Thibaud Latil-Nicolas était riche et documentée. Dans Les flots sombres, il en est de même et deux aspects m’ont particulièrement marquée :
– l’emploi d’un vocabulaire précis et spécialisé : dans le premier tome, cela concernait l’organisation militaire d’une légion et l’emploi d’armes spécifiques inspirées de l’époque moderne. Dans ce second tome, comme une partie de l’intrigue se déroule sur mer, l’auteur s’intéresse plus particulièrement au domaine de la marine et à la composition d’un navire. Ainsi, il n’hésite pas à incorporer dans son texte un vocabulaire spécialisé : si « la poupe », la « proue », le « gaillard d’avant et d’arrière », les « vergues », les « aubans », le « nid de pie », le « mat de misaine », le « grand mat » ou le « mat d’artimon » sont relativement connus, d’autres m’ont parus plus obscurs comme les « espars », « l’aussière », « l’étrave », « l’étambot » ou le « surbau » et j’ai dû plusieurs fois me reporter à un glossaire maritime.
– des passages particulièrement savoureux et fins notamment la joute verbale qui oppose deux générations : la jeune doryacte Dambline à l’amiral âgé de la flotte de Biscale, Burgoynes. Je me suis beaucoup identifiée à la colère de la jeune femme car c’est la même qui m’anime en ce moment contre la génération qui nous gouverne (que ce soit au niveau exécutif ou législatif) :

Dambline : « Qu’avez-vous fait pour mériter mon respect? Vous avez accumulé plus de richesses que vous ne pourriez en dépenser durant quinze ans d’existence ; vous avez fait couler le sang au nom d’intérêts supposément supérieurs. Vous parlez de service alors qu’aucun de vos actes n’a jamais été gratuit ; vous avez largement profité des largesses de vos souverains, ceux-là mêmes que vous avez servis comme un chien. Comment osez-vous vous glorifier du simple fait de détenir la puissance alors que celle-ci vous a été donnée? Vous êtes l’héritier d’un système plus qu’un conquérant magnifique, un outil de valeur plus qu’un grand soldat. (…) Quel avenir nous laissent les gens comme vous? Non contents de nous forcer à choisir entre la mort lente et l’asservissement, vous exigez que nous vous en soyons reconnaissants. » (P. 237-238)

Un univers de plus en plus complexe

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Carte de Bleu-Royaume (p. 4-5)

Si mes souvenirs sont exactes, l’essentiel de l’intrigue de Chevauche-brumes était à dominante militaire et se déroulait essentiellement dans le nord de Bleu-Royaume : à Libunce et la Baie des brumes (la cathédrale noir et Crevet) avec de petites incursions dans la capitale Antinéa, plus au sud. Il en est autrement pour Les flots sombres puisque cette fois, le lecteur visite essentiellement le sud avec la capitale Antinéa et le port de Barberon mais aussi l’île de Biscale sur laquelle règne l’exarque  Théodra. Il faudra attendre la fin pour faire une incursion dans l’Eterlandd au nord-est et il y a fort à parier qu’une partie du troisième tome se déroulera sur ce territoire.
Outre le fait qu’il y a de plus en plus d’acteurs qui interviennent dans l’intrigue, cette dernière prend une tonalité beaucoup plus politique que le premier tome. Et vous commencez à connaître mes goûts mais la Fantasy politique et les intrigues de cour ont mes faveurs en Littérature de l’Imaginaire. Toutefois, l’opposition entre un pouvoir temporel (celui du régent Poltrick qui gouverne au nom du Roy Téobane encore mineur) et spirituel (celui du culte d’Enoch représenté officieusement par le seigneur-cardinal Juxs) reste classique mais fonctionne bien et est efficace.

Des personnages attachants

Enfin, je terminerai par les nombreux personnages qui interviennent dans le roman : heureusement d’ailleurs qu’un dramatis personae est présent à la fin de l’ouvrage car j’ai dû y recourir de nombreuses fois au début de ma lecture.
Vous le savez également mais j’adore le style du roman choral qui fait intervenir à tour de rôle les personnages en leur consacrant un chapitre : cela permet de dynamiser le récit tout en maintenant une dose de suspense dans l’intrigue.
Pour ma part, j’ai trouvé les personnages beaucoup plus attachants dans ce tome que dans le premier. Et je dois dire que le destin tragique de certains m’ont fait éprouver pour eux de l’empathie. Évidemment, je ne peux vous donner les noms de mes personnages préférés sans spoiler mais je regretterai de ne pas les retrouver dans le troisième tome.
Quant aux personnages féminins, je les ai trouvé beaucoup plus développés : j’ai par exemple adoré l’exarque Theodra car si elle est jeune et inexpérimentée, elle ne se laisse pas manipuler par son amiral Burgoynes et affirme son caractère. Il en est de même pour Ophélie qui devient le capitaine de La Frondeuse et qui doit affronter un équipage hostile jusqu’à ce qu’elle fasse ses preuves.

En conclusion, j’ai eu un véritable coup de coeur pour Les flots sombres : je le trouve beaucoup plus abouti que Chevauche-brumes qui finalement était un tome d’introduction. Si certains éléments de l’intrigue restent encore classiques (comme l’opposition entre le pouvoir temporel et spirituel), d’autres au contraire se sont améliorés notamment les personnages féminins qui sont beaucoup plus intéressants et mieux dépeints. La tonalité plus politique correspond également mieux à mes goûts littéraires et j’ai été toujours autant séduite par le style d’écriture complexe et fin de l’auteur. Bref, il est certain que je serai au rendez-vous pour le troisième opus.

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